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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 10:42

 

 

Pourquoi la culture « légitime » prend-elle quasi toujours sa source dans les mouvements marginaux et alternatifs ?

 

&

Pourquoi toute contre-culture est un jour amenée à entrer au cénacle de l'intelligentsia ?

 

 

 

 

Table des matières

 

Introduction

 

I - La temporalité est un quotient constitutif de la notion de contre-culture

a- histoire et naissance de la culture par l'innovation

b- La culture dominante actuelle

c- un rejet de la génération précédente

 

 

II - La vocation contestataire de la contre-culture

a- un engagement politique

b- une rébellion sociale

c- un besoin de choquer pour être entendu et pour créer la polémique ?

 

 

III - Le ratio culture et argent en terme de représentations

a – Un public plus consensuel qui aime à s'encanailler

b – Contre l'académisme

 

 

IV - Contre-culture et média de masse

b- Contre-culture et publicité

c- Contre-culture et Internet

 

 

V – Mode de vie alternatif : une contre-culture par essence

a- contre-culture et culture underground

b- les choix de vie nomades

 

 

 

Conclusion

 

Bibliographie

 

Bansky

 
Introduction

 

La contre-culture désigne un ensemble de manifestation culturelles, d'attitudes, de valeurs, de normes utilisé par un groupe, qui s'oppose à la culture dominante ou la rejette. Le terme a été créé en 1969 par le sociologue Theodore Roszak1. Il s'applique à un phénomène structuré, visible, significatif et persistant dans le temps.

Toute contre-culture a besoin d'un ordre établi pour naître. La sémantique du mot-valise portant d'abord l'idée d'un rejet par le mot contre, comme dans contre-courant, indique la notion d'opposition à des valeurs établies. Paradoxalement, la contre-culture s'appuie sur la culture dominante pour exister ; mais elle fait acte de résistance par rapport à l'institution. Une contre culture est par essence novatrice, pas forcément underground2, elle peut l'être, elle s'oppose toujours à la culture institutionnelle et défend souvent (mais pas toujours) une idéologie, une éthique. Elle fait table rase du passé, de la tradition, car la culture est fondée sur le passé qui est haï au nom de sa dimension socialement inégalitaire et de son académisme. Néanmoins toute contre-culture semble amenée à devenir légitime comme si elle était un laboratoire de création, comme si un refus houleux au préalable était nécessaire à son acceptation, à son « ordination artistique », à son entrée dans le monde des arts agréés. Cet exposé tâchera de démontrer combien la temporalité est un quotient constitutif de cette notion de contre-culture puis, il s'intéressera à sa vocation contestataire, il analysera le ratio culture et argent en terme de représentations puis il questionnera le lien existant entre contre-culture et média de masse et enfin il tentera d'expliquer comment le choix d'un mode vie contre-culturel peut être source d'inspiration pour une société plurielle. Tout cela afin d'expliquer pourquoi la culture « légitime » prend souvent sa source dans les mouvements marginaux et alternatifs et pourquoi toute contre-culture est un jour amenée à entrer au cénacle de l'intelligentsia.

 

I- La contre-culture tributaire du temps

 

a - Histoire et naissance de la culture par l'innovation

 

Un paramètre temporel est inhérent à la définition de la contre-culture étant donné qu'elle n'existe que par opposition à une culture existante et rejetée. Les hommes-artistes du paléolithique par exemple, bien que novateurs, ne pouvaient se réclamer d'aucune contre-culture n'ayant aucune référence. Ainsi que Denys Riout le démontre : « Des peintures préhistoriques aux tableaux fauves ou aux constructions cubistes, toutes les œuvres d'art de quelque importance demeuraient, d'une manière ou d'une autre, assujetties aux apparences du monde visible. »3 Ce facteur temps entre donc en jeu, compte tenu de la quantité de la production artistique ( ex : mouvements, écoles...), du nombre d'artistes pratiquant un art donné ( ex : peintres médiévaux illustrant la Bible ), du pouvoir en place ainsi que des moyens utilisés pour produire une œuvre. L'écrit et son évolution illustrent parfaitement ce point, d'abord sur pierre puis bois et enfin sur papier, l'écriture était originellement réservée aux seuls lettrés, autrement dit : les moines. Les scribes du Moyen-Âge ne recopient d'abord que des textes religieux puis transcrivent les philosophes, aucune contre-culture n'était possible alors, on copie des textes existants et ce avec le plus grand respect de l'original, la seule fantaisie étant l'enluminure répondant à des codes bien définis. La contre-culture ne pouvait naître qu'avec des antagonismes. L'imprimerie qui permis la diffusion d'un florilège d'écrits, ouvrit la concurrence : ainsi peut-on s'opposer à telle idée, tel auteur, inventer un style, un concept... Des contre-cultures médiévales peuvent néanmoins être citées, je songe ici au catharisme, à l'alchimie ou encore à toute secte religieuse n'appartenant pas à la religion d'État alors en vigueur.

« Le récit chronologique qui respecte l'effervescence des aventures créatives singulière confinerait rapidement au pointillisme d'une succession d'innovation où les lignes de force d'une époque se diluent dans la prolifération chaotique des propositions et des réactions. »4 Il est néanmoins nécessaire d'inscrire cet exposé dans le temps, puisque que la temporalité est un paramètre constitutif de la contre-culture. L'innovation, résultant d'un « processus d'influence qui conduit au changement social et dont l'effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles »5, est inévitablement contestée en son temps. Le très controversé ready-made : Fontain de Marcel Duchamp illustre très bien ce propos puisqu'il invente l'art conceptuel. D'abord considéré comme un opportuniste, Duchamp est aujourd'hui perçu comme le précurseur et l'annonciateur de certains aspects les plus radicaux de l’évolution de l'art depuis 1945 dont les multiples formes d'art contemporain.

 

b- La culture dominante actuelle

 

Cependant comme l'affirment Adorno & Horckeimer dans Dialectique de la raison : « Quiconque résiste a le droit de survivre à condition de s'intégrer. Une fois que ce qui constitue sa différence a été enregistré par l'industrie culturelle, il fait déjà partie d'elle. ». En somme dès qu'une innovation est acceptée et validée par la main stream, elle perd son caractère contre-culturel. La culture dominante, à savoir « la culture du groupe qui détient la réalité du pouvoir, et ceci dans quelque type que ce soit de formation économique et sociale consiste en un ensemble de biens matériels et symboliques dont ce groupe tente de se réserver la jouissance, par l'instauration d'un corps de règles et de codes, d'attitudes et de comportements dont seule la connaissance permet de maîtriser l'usage. »6 Bien qu'aujourd'hui plurielle et éclectique, grâce notamment à la révolution numérique ou à une certaine « démocratisation » de la culture, la culture dominante est un concept persistant. Hérité de Bourdieu, ce concept désigne la culture cultivée, la culture légitimée par les classes sociales supérieures, par les détenteurs d'un fort capital culturel. Cette notion qualifie une réalité sociale. À l'évidence, il y a plus de légitimité à visiter une exposition d'art contemporain qu'à regarder un western à la télévision. Mais le concept de légitimité culturelle pose certain problèmes théoriques. Parler d'une culture légitime unique, c'est laisser penser que les classes culturelles dominantes ont des pratiques unifiées, similaires. Or, il se peut que les jugements d'une personne appartenant à cette classe ne valident pas l’intégralité de la culture légitime. Par exemple un historien pourra plébisciter les arts Renaissants quand il ne s'intéressera aucunement à l'art moderne ou contemporain. La légitimité elle-même semble un concept bien flou. Qui peut valider la hiérarchie des pratiques culturelles ? En matière culturelle, il n'existe pas d'institution susceptible de hiérarchiser les genres ou les styles, comme le fait l'école en matière de diplômes. Ce concept est caricatural des relations entre classes sociales, puisqu'il présuppose que les classes dominantes cherchent à imposer aux classes « dominées » leur modèle culturel. Dans la mesure où la culture distingue les individus les uns des autres, chacun tente de se construire sa propre culture et d'innover en terme de collectage d'informations, la télévision est l'exemple type du rejet d'un médium ; autrefois populaire, elle est aujourd'hui considérée comme populiste et n'est plus en vogue. Trop facile d’accès et délivrant des informations à un trop large public, elle ne sert plus à se différencier de l'autre et n'est plus considérée comme un outil culturel. La culture dominante actuelle est pourtant largement diffusée par les médias de masse, mais l'homme cultivé contemporain fréquentera les lieux culturels, lira la presse spécialisée ou écoutera France Inter ou France culture, il ne se satisfera pas d'une simple consommation, mais tâchera de glaner ci et là des informations plus confidentielles afin de se distinguer de la masse.

 

c- Un rejet de la génération précédente

 

Ce n'est qu'après les révolutions industrielles (au XIXe siècle) qu'est née la notion de contre-culture. La mécanisation d'alors impose un exode rural vers les cités en construction, c'est le début de l'ère moderne ; bon nombre d'artistes prennent le contre-pied et se tournent vers la nature, _leur nature, c'est le triomphe des sentiments sur la pensée et le retour à une nature vierge de toute civilisation. Par opposition au néo-classicisme, le mouvement Romantique voit le jour. Hugo, Delacroix, Baudelaire ou les préraphaélites victoriens prônent un rejet de l'industrialisation, un retour aux travaux manuels et aux matériaux bruts. Visionnaires, ils comprennent la direction individualiste et consumériste que prend le monde. À travers le drame romantique, ils luttent contre la corruption de la société, contre le mensonge, le faux-semblant, et mettent en évidence le caractère cruel et solitaire d’une société pervertie. Aujourd'hui, récupéré par les adolescents en quête d'identité, par nombre de rockers ou partiellement par le mouvement hippie des sixties, ce courant de pensée et de création est incontournable et reflète bien souvent d'une rébellion dans la société contemporaine.

Durant le même siècle, en peinture, naît le salon des refusés sous l'initiative de Gustave Courbet. « Le jury du Salon ayant refusé son agrément à 3 000 tableaux sur les 5 000 proposés, 1600 sont aussitôt présentés au Salon des Refusés, mais 1 400 restent confinés au secret de l’atelier, leurs auteurs ne souhaitant pas s’attirer les foudres d’une clientèle traditionnellement imperméable aux impertinences ! Ce tout nouveau salon est d’emblée l’objet de cruelles railleries dans la presse, qui ne se prive pas de dénoncer son effet de mode : pour nombre de bourgeois éclairés, aller “ aux Refusés ” est du dernier chic, les peintres du lieu étant assimilés à de véritables phénomènes de foire.»7 Tout le paradoxe de la contre-culture est là, à la fois récriée et adorée, elle fait l'objet de convoitise et de violents rejets dans le même temps. Au sujet du Déjeuner sur l’herbe de Manet, source d’un scandale éclatant, le critique du Figaro, Charles Monselet, n’hésite pas à écrire, le 24 mai 1863 : “Il a déjà conquis la répulsion du bourgeois : c’est un grand pas”. Le succès tardif de Manet et plus généralement des impressionnistes a pourtant constitué cette idée que : « Les premiers seront les derniers. »8 Si le jugement de l'avenir entérine celui de petits groupes, insultés en leur temps, l'art et l'avant-garde ne font qu'un. Progressivement s'impose l'idée que, pour devenir un classique, il faut avoir été d'avant-garde soit contre-culturel. Le film Minuit à Paris de Woody Allen illustre très bien ce propos en plaçant ses personnages dans une quête d'un âge d'or qui chaque fois se révèle être le mouvement précédent (pour les années folles, l'âge d'or se trouve à la Belle époque et pour les acteurs de la Belle époque, l'âge d'or se situe à la Renaissance).

 

II- La vocation contestataire de la contre-culture

 

a – Un engagement politique

 

Une des variables fondamentales à l'idée de contre-culture est assurément sa dimension contestataire. D'abord, elle s'inscrit comme le contre-courant d'une époque par la nouveauté qu'elle insuffle, puis elle résiste bien souvent au régime politique en place, enfin elle se concrétise en marge de la société. La contre-culture exprime toujours un malaise de « fin de siècle », un désenchantement par rapport au monde contemporain. L'art dit subversif découle de cette résistance.

Les écrivains du XIXe siècle écrivent pour le peuple et nombreux s'engagent avec le peuple dans une lutte sociale. La parole poétique devient parole du peuple : Victor Hugo parle par exemple pour la grand-mère dont le petit-fils a été tué (Souvenir de la Nuit du 4). Il dénonce le coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte dans Les Châtiments et influence la Commune par ce biais. Il sera d'ailleurs battu aux élections législatives de 1872, les électeurs lui reprochant son indulgence envers les Communards. Avec son J'accuse, Émile Zola, pourtant écrivain reconnu, s’élève contre l'ordre établi en intervenant dans l'affaire Dreyfus d'une façon fracassante. Il met en place un modèle de relations entre l'écrivain et le pouvoir, entre le littéraire et le politique à l'encontre de ses propres intérêts, et de ses confrères écrivains, Maupassant, Huysmans ou Daudet alors tous touchés par l'anti-sémitisme ambiant. Il sera condamné à un an de prison ferme pour diffamation et à une amende conséquente. Ces écrivains établis chez les intellectuels voient se renverser la tendance (de « culturels » ils deviennent « contre-culturels » par l'engagement) en portant la voix du peuple et en allant à l'encontre du pouvoir en place. La maison d'édition L'Esprit Frappeur, créée en 1997 et toujours existante qui publie toujours des textes politiques et subversifs, a été victime, en 2005, d'une vague d'intimidation policière exercée en librairie prenant pour prétexte une circulaire ministérielle sur les livres parlant de drogues. Cette collection qui a beaucoup compté pour qui avait vingt ans en l'an 2000, est aujourd'hui plutôt en veilleuse, et ne rencontre plus le même succès auprès de la jeunesse. Assiste-t-on à l’émergence d'une société lisse et sans éthique ? Ou bien simplement à une société apeurée par une police de plus en plus sévère ?

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le mouvement hippie conteste la domination culturelle de la bourgeoisie et s'allie à l'extrême gauche et au maoïsme. Il ébauche notamment la longue lutte pour le droit à l'avortement, une révolution sexuelle et sociale. Le 5 avril 1971, 343 femmes réclament le droit à l’avortement dans le Nouvel Observateur : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France… Je déclare que je suis l’une d’elles », écrivent Simone de Beauvoir, Françoise Sagan ou Jeanne moreau et bien d’autres que Charlie Hebdo rebaptisera les

« 343 salopes ». Le manifeste accélère le combat pour les droits des femmes, dans la rue mais aussi devant la justice. D'abord scandaleuse, cette lutte a mené à un droit aujourd'hui fondamental.

Dans la fin des seventies, le mouvement punk et son credo « No Future » déferle sur l'Europe. Anarchistes, les groupes de punk rock s'opposent à la lourdeur qu'ils jugent excessive et à l'institutionnalisation du rock populaire des années précédentes, leur génération désenchantée est celle du sida, de la crise économique, du début de l'ère électronique. Ils créent une musique rapide et rude, généralement servie par des chansons de courte durée, une instrumentation simplifiée et des paroles souvent chargées de messages politiques ou nihilistes. Le mouvement punk exprime une rébellion jeune et est caractérisé par des styles vestimentaires distinctifs, une variété d'idéologies anti-autoritaires et une attitude « do it yourself » reprise aux hippies qu'ils méprisent.

Aujourd'hui, l'art contestataire s'exprime sous de multiples formes, l'art urbain qui se réapproprie l'espace publique en est un exemple type. Je songe ici au graffeur Bansky, anti-militariste, anti-capitaliste et plus globalement anti-système qui a notamment fondé le projet

« Santa's Ghetto » en réalisant des peintures sur le mur de séparation de Bethléem et aux abords du camp d'Aida9 afin de redonner espoir aux habitants palestiniens. Les Pussy Riot, chanteuses punk rock russes se sont engagées en dénonçant le rôle de l’Église orthodoxe en Russie ainsi que la réélection de Vladimir Poutine au pouvoir et ont écumé de deux ans de prison ferme. L'engagement politique des artistes bien que de plus en plus réprimé n'est pas près de disparaître puisque l'art est l'expression même des émotions humaines.

 

b – Une rébellion sociale

 

La rébellion sociale est bien souvent caractérisée par des identités vestimentaires distinctives qui dérangent, choquent ou questionnent. Les artistes bohèmes des années folles vêtus de guenilles « dandyesques », expérimentaient un nouveau mode de vie en vivant dans des communautés artistiques, s'essayant à toutes formes d'ivresse, en écoutant du Jazz, en créant un art nouveau : cubisme, surréalisme, futurisme, fauvisme ou dadaïsme... La bourgeoisie d'alors voyait en eux une « dégénérescence » et non l'avant-garde. Il en est de même pour Baudelaire et de ses cheveux verts, « parce que la plupart des grands poètes français ne sortent pas du peuple ». Intellectuels, ils sont souvent plus ou moins en rupture de ban de la bourgeoisie, grande ou petite. Et pourtant... Par leur activité même qui consiste à formuler, ils donnent forme à des sentiments présents dans la société. Et même si leur œuvre est en général de diffusion restreinte, elle agit sur la sensibilité collective par les voies délicates mais efficaces d’une sorte de capillarité des idées et des sentiments.

À la sortie de la belle époque et de la guerre des tranchées, Coco Chanel révolutionne la mode écourtant les jupes et offrant par ce biais une aisance de mouvement à la femme, elle participe à une ébauche de parité et fait ainsi acte d'un certain féminisme. On la trouve d'abord excentrique et elle choque, pourtant en allant à contre-courant elle participe à une métamorphose sociétale et bouleverse les codes.

Plus tard, aux États-Unis, la Beat generation s'est inscrite comme un laboratoire de la culture et de la contre culture. Allan Ginsberg, William Burrough, Jack Kerouac ou Joan Baez ont tenté d'ouvrir la brèche à un nouveau modèle de société. Ces Clochards célestes10 ont été les précurseurs de la libération sexuelle et du mode de vie de la jeunesse des sixties ; très en avance sur leur temps, les beatniks récriaient le nucléaire alors à la mode, affichaient leur homosexualité dans une Amérique très puritaine ou s’expérimentaient à une spiritualité orientaliste.

Face au développement rapide du confort domestique (cf : la complainte du progrès - 1956 par Boris Vian) et par extension du consumérisme et des médias de masse, la contre-culture crée la Free Press et les médias alternatifs. Constatant l’industrialisation galopante, elle propose des expériences communautaires (retour à la nature, création spontanée...) ; s’opposant à la Guerre du Vietnam, elle promeut le mouvement pacifiste ; rompant avec la tradition et la morale petit-bourgeois, elle prône la libération sexuelle et l’usage de drogues ; dénonçant les privilèges accordés à la majorité blanche, elle cherche à mettre en valeur les minorités (Black Panther Party, « Chicanos », Amérindiens, mouvements homosexuels) ; se détournant du christianisme, elle s’intéresse à la spiritualité orientale ; enfin, luttant contre la technocratie, elle préconise la création, les happenings et l’improvisation. Jadis condamné comme « musique du diable », notamment parce qu'elle est jouée par des noirs encore ségrégué, le jazz a atteint à la fin des années 1950 le sommet de sa légitimité culturelle : il est promu dans le monde entier comme « la forme d’art américaine », enseigné dans des milliers de lycées et d’universités, tandis qu’une nouvelle génération d’intellectuels a inventé la critique de jazz.

En marge mais en nombre, les hippies ont grandement contribué à transformer la société occidentale, la libération sexuelle, une recherche spirituelle singulière, l'acceptation des minorités, le droit à la différence... sont autant d'éléments qui ont construit la société contemporaine. La musique rock de ces années d'abord perçue comme une musique « de sauvage » figure comme le symbole de cette époque et Janis Joplin, Jim Morrison ou Jimmy Hendrix, les idoles de cette époque sont aujourd'hui des classiques dans les discothèques individuelles. On dit d'eux qu'ils ont été les pionniers du rock.

Nous pouvons considérer que ce sont aujourd'hui les nomades, travellers, teufeurs ou autres amateurs de musique techno, qui par leur modes de vie alternatifs, leurs piercings et tatouages témoignent de la rébellion sociale. Par un choix de vie hors des normes et l'assomption d'un look et d'une pensée libre, ils proposent un mode de vie allant à contre-courant dont les villages de fortune ayant émergé un peu partout en France avant le décret de la loi LOPPSI11 fut le témoignage éloquent. À quand l'acceptation de ces modes de vie alternatifs par la culture dominante ?

 

c- un besoin de choquer pour être entendu et pour créer la polémique ?

 

« Un tableau qui ne choque pas n'en vaut pas la peine. » Marcel Duchamp


Il n'est pas question ici de juger si une œuvre est Art ou non, mais bien d'expliquer comment la polémique agit sur une œuvre dans son acceptation ou son rejet. Les Demoiselles d'Avignon de Picasso, L.O.V.E12 de l'artiste italien Maurizio Cattelan ou L’origine du monde de Courbet ont choqué et ce pour des raisons différentes, l'une par l'innovation cubiste, la seconde par son caractère anti-capitaliste et la dernière par son aspect pornographique. Est-ce parce qu'une œuvre choque qu'elle est avant-gardiste ou contre-culturelle ? Les Deux Tahitiennes de Gauguin, a-priori non subversives en leur temps et encore moins aujourd'hui, ont pourtant, été attaquée en avril 2011 par une visiteuse de la National Gallery of Art de Washington parce qu'elle mettait en scène, explique la vandale, nudité et homosexualité. Comme je l'ai déjà démontré plus haut, l'innovation choque et le simple fait d'oser indigne. La Fontaine de Marcel Duchamp n'a, en soi, rien de choquant, c'est le fait d'affirmer que cet urinoir est art qui a heurté le public. Plus récemment, l’œuvre de McCarthy installée sur la place Vendôme, Tree, associée à un sex-toy ou à un sapin, a été vandalisée. S'agit-il d'un rejet de l'art pour l'art ou bien un profond malaise de voir ainsi la sexualité impudiquement exposée qui a amené ses détracteurs à l’abîmer ? De vives réactions de néophytes affirmant que « ça n'est pas de l'art et que les impôts seraient mieux utilisés ailleurs » ont été publiées sur le web. McCarthy a-t-il voulu choquer ? Et par extension faire grossir sa célébrité ? Pourtant les impressionnistes, représentant des scènes plutôt naturelles et sensibles n'ont pas cherché à créer la polémique, ils l'ont subie et se sont affichés aux Refusés.

L'identité vestimentaire des punks, cheveux dressés en crête iroquoise, colliers de chien ou collants filés a été étudiée pour déranger et donc choquer. Leur look a été la vitrine de leur pensée nihiliste. Leur musique punk rock chargée de distorsions et de texte coléreux a été innovante, subversive et choquante dans le même temps.

Tous les objets choquant ne sont pas nécessairement contre-culturels mais la contre-culture, elle, choque quasi à chaque fois puisqu'elle est toujours rejetée en son temps.

 

III - Le ratio culture e argent en terme de représentation

 

a – Un public plus consensuel qui aime a s'encanailler

 

Y a-t-il un rapport financier entre l'acte de création par des « bohèmes », les lieux de créations (type squat, garage... bateau lavoir ou Ruche) et la représentation que s'en fait le public : potentiels amateurs et collectionneurs ? Nous l'avons vu plus haut au sujet du Salon des refusés « pour nombre de bourgeois éclairés, aller « aux Refusés » était du dernier chic, les peintres du lieu étant assimilés à de véritables phénomènes de foire. » Il en est de même aujourd'hui, on se distingue en favorisant l'avant-garde, en « mécénant » l'artiste polémique.

Le contexte de création et le style de vie des artistes jouent un rôle dans l'acceptation d'un art. L'art moderne par exemple est né au bateau-lavoir, sur la colline de Montmartre encore bourgade pauvre et indépendante de Paris, puis à la Ruche, atelier de Montparnasse qui ne bénéficiait pas encore de son aura. On crée alors chez les miséreux et on paie son ardoise avec une toile ou un croquis. Ces deux quartiers, dont les loyers ont flambé, sont aujourd'hui habités par une classe aisée et amatrice d'art. De nos jours on choisira le squat (qui d’ailleurs s'engage en politique par la revendication de droit au logement) comme lieu de création, Les Frigos parisiens, MixArt Myrys ou le 59 Rivoli aujourd'hui institutionnalisés l'illustrent parfaitement. Les friches industrielles, les terrains vagues ou les immeubles abandonnés sont bien souvent récupérés par des artistes en quête d'espace. (cf : loi LOPPSI)

Prenons par exemple le Street-art et plus précisément le graffiti qui contrairement aux dessins d'enfants, valorisés, (cf : l'art naïf et Dubuffet) les dessins tracés sans autorisation dans l'espace public font l'objet d'une réprobation sociale non dénuée de fondement (transformation de l'espace public sans autorisation : les impôts de la société bien-pensante servent à autre chose) et que la loi enregistre : elle les interdit. Leur pittoresque, ou, plus encore, leur charge subversive, intéresse pourtant des artistes depuis longtemps. Au XIXe siècle Rodophe Töpfer « oppose l'expressivité naturelle des «petits bonshommes» graffités sans souci artistique à la fade fidélité d'une représentation gouvernée par des codes appris. »13 Redondant, le graffiti confirme le caractère populaire du lieu et manifeste une volonté de rupture avec l'ordre établi, avec les conventions sociales dominantes. Pourtant le Street-art se positionne entre culture underground et mondanité : comme toutes les contre-cultures, le graffiti intéresse rapidement le monde de l'art qui l'expose en galerie ... Évoquons, de nouveau ici, le graffeur Bansky, hier contre-culturel et aujourd'hui exposé en galerie ; les célébrités Christina Aguilera et Kate Moss possèdent même des œuvres de l'artiste, ce qui inévitablement impose Bansky dans la culture dominante.

La culture, bien qu'aujourd'hui « démocratisée », est d'abord un attribut des classes aisées et subit un rejet pendant le processus de création. Les artistes ne correspondent pas aux codes de la dite « bonne société », les lieux de créations et d'exposition underground perturbent le quotidien de cette société qui pourtant se plaît à aller à un vernissage dans une galerie où là encore c'est cette société qui décide si l’œuvre est digne ou non d'entrer au panthéon des arts (voir le documentaire squat skwat). Le fait que la culture soit devenue éclectique dérange, on ne peut plus se distinguer aussi aisément qu'autrefois. Bourdieu illustre ce propos par sa théorie de l'habitus selon laquelle l'homme ne fait que reproduire son milieu social. Cette théorie est démentie aujourd'hui par la révolution numérique, une certaine homogénéisation des classes et une facilité d’accès à la culture.

 

c – Contre l'académisme

 

L'académie ou l'école des beaux arts ou toute autre école d'art forment l'artiste à la technique, mais également à trouver son essence propre, sa personnalité. Une fois sorti de l'école, l'artiste tentera de se dé-formater. Le peintre Basquiat, initiateur de « l'art ignare » comme il se plaisait à nommer son travail, est un parfait exemple d'artiste sans formation et nihiliste. Il vivait à la manière de Diogène d’Ésope dans la rue, s'abritant de carton et a révolutionné l'histoire de l'art par ce rejet total d'académisme et un processus de création spontané. L'idée qu'il n'existe aucune voie obligée pour devenir artiste s'installe comme un droit. Ainsi Tandoori Yokoo, qui peint à Tokyo des variations ironiques à partir des toiles du Douanier Rousseau, qu'il connaît par cœur, et Antonio de Dede, qui sculpte à Lagos da Canoa (Brésil) des animaux dans des branches d'arbre, sans connaître l'histoire de la sculpture moderne. Pourtant bien qu'anti académique et désireux de se présenter comme autodidactes, ces artistes acceptent la labellisation, ou l'exposition dans des lieux institutionnels. Les Sex Pistols, punk-rockers dans l'âme se sont fait labellisés et continuaient à faire leur musique sans trop de concession. Les Pink Floyds avec leur long morceau de 6 minutes another brick in the wall dénoncent le système scolaire visant, selon eux, à formater des esprits uniques et sans véritable libre-arbitre.
 

IV - Contre-culture et média de masse

 

a- Contre-culture et publicité

 

La seule manière pour la contre-culture de ne pas être récupérée par l'économie marchande serait de rester cachée et donc ignorée. Alors quand la pub récupère la contre-culture, n'est-elle pas déjà morte ?

Comme nous l'avons vu précédemment, les contre-cultures ont originellement un rôle d’innovation culturelle et de subversion. La contre-culture actuelle, portée par le mouvement hipster, agit pourtant à l'inverse de sa vocation initiale. Cette classe de la population, à laquelle tout le monde se défend d’appartenir, joue les contre-cultures en adoptant néanmoins tous les codes du mainstream. En inondant le marché de produits inutiles mais tellement consommés, ils ont gommé toutes les frontières culturelles en nous plongeant dans un flou mercatique. Certes, quelques artistes brillants avaient participé à l’artification de produits standardisés : de l’urinoir Fontain de Duchamp aux boîtes de conserve : Campbell's Soup Cans de Warhol en passant par Magritte et sa pipe qui n’en était pas une : La Trahison des images. Mais c’est avec moins de brio et surtout plus de contradictions que les nouveaux fers de lance de l’innovation culturelle deviennent les idiots utiles du capitalisme qu’ils méprisent par ailleurs. La contre-culture aujourd'hui pourrait se définir par quelque chose qui ne fonctionne pas à l'instant T. La récupération de l'underground le témoigne parfaitement. Les visuels subversifs tels que le graffiti apparaissent comme très « vendeurs ». Il répondent à la tendance que les publicistes tentent de définir.

La publicité surfe sur des tendances et tente de créer des constantes. Soumise aux technologies de pointe, les individus n’entretiennent plus le même rapport avec la culture. La culture évolue et se transforme constamment. Hier contre-culture, les mouvements sont récupérés aujourd’hui et transformés en culture dominante. Le marketing publicitaire illustre tout à fait ce phénomène de transmission culturelle des valeurs contestataires. Si la culture n’est pas figée, les mouvements de contre-culture ne le sont pas non plus.

La jeunesse est représentée comme un moment spécifique de la vie : celui de la révolte. Le dernier épisode où elle a joué un rôle subversif actif se situe dans les années 1960 et 70. La contre-culture d'alors a cherché à provoquer la culture de masse en prétendant défier le système lui-même. Aujourd'hui pourtant ses effets se font ressentir dans les magasins où se vendent ces produits identitaires. Les tee-shirts en sont une évocation parfaite, pièce de vêtement signée : Anarchie, où le symbole de l'idéologie la plus contestataire de l'ordre dominant qui soit, devient un logo au même titre que Nike. Le contenant se vide de son contenu. L'importance de la scène contre-culturelle se retrouve dans la projection, dans ce qui différencie d'un autre. D'abord associée aux problèmes sociaux spécifique des banlieues, scandant des textes dénonciateurs et souvent violents, la musique rap a elle aussi connu ces travers de marchandisation. De nombreux rappeurs sont tombés dans une culture bling-bling, et dans les affres de la « peoplolisation », ne se souciant plus de s'engager et enregistrant des disques pour des labels importants.

Selon Roland Barthes, dans ses essais critiques : « plus il y a de consommation moins il y a de conscience ; elle s'oublie dans la marchandise, avant toute chose, l'individu est devenu une pièce quelconque d'une machine qui ne s'arrête jamais, c'est à partir de cela qu'il nous faudrait reconsidérer notre fonction sociale, les apparences sont trompeuses. » Il résume très bien ici la récupération « ignorante » des objets contestataires en marchandise commune. Étant donné qu'un objet contre-culturel est en phase de maturité quand il est affirmé, il est donc simultanément obsolète et n'est donc plus contre-culturel. On porte le keffieh, foulard symbole de la lutte palestinienne, pour avoir l'air rebelle, mais sans connaître le pourquoi de cette rébellion, il en est de même pour le tee-shirt le plus vendu au monde soit celui représentant le visage du guérillero Che Guevara, une publiciste dit même à ce sujet : « Un gosse qui venait d'acheter un tee-shirt du Che, m'a un jour demandé s'il s'agissait de l'acteur Antonio Banderas ! ». Les visages de Gandhi, Marilyn Monroe, Albert Einstein ou Alfred Hitchcock sont connus de tous sans que soit nécessairement connue l’œuvre de leur vie. Plus récemment le « logo » « Je suis Charly » qui a fait suite aux attentats meurtriers contre le journal satirique Charly Hebdo, a été déposé une cinquantaine de fois. On craignait une tentative de récupération politique, c'est bien la société marchande qui a recyclé le « cri scandalisé ».

 

b - Contre-culture, médias de masse et Internet

 

La révolution numérique a infiniment multiplié la diffusion de la culture et par extension la contre-culture, elle a agi comme l'imprimerie en son époque, mais avec infiniment plus de possibilités. La télévision, la radio, Internet sont tout autant de médiums favorisant l'accès à une culture d'antan plus confidentielle. Le magazine télévisuel Tracks diffusé depuis 1997, sur Arte en est une preuve tangible. Consacré à la contre-culture et plus généralement aux formes d'art émergentes, sa rédaction est capable de parler de grands écrivains classiques, d'artistes contemporains ou de stars de la pop, mais aussi d'artistes oubliés ou inconnus mais visionnaires, de tribus urbaines, de sports ou loisirs extrêmes dans la même émission, facilitant ainsi l’accès à cette culture différente au plus grand nombre. L'apparition du financement participatif sur internet contribue aussi à la propagation d'une culture qui aurait pu demeurer underground. Bien sûr, la quantité n'est pas gage de qualité, aussi internet a ses limites, chacun peut aisément publier sur la toile ses créations plus ou moins intéressantes à l'usager, dès lors de distinguer l'opportuniste de l'artiste génial. Myspace est par exemple un site de promotion artistique, où chacun peut exposer son travail et être jugé par le tout-venant.  

Les médias peuvent néanmoins être enfermant, je songe ici à la marchandisation de la culture analysée plus haut. Ces médias tentent bien souvent d'emprisonner une culture allant à contre-courant dans une image qui les arrange (par exemple le mouvement Hip Hop des banlieues). Cet espace révolutionnaire qui promettait de démocratiser les communications et de renverser les dictatures peut être perçu comme un outil de contrôle et de pensée hégémonique. L'information s'en trouve bien souvent unifiée parce que marquée par de grands titres sensationnalistes. Pourtant le « printemps arabe » révolution sociale, a été actée depuis les réseaux sociaux du web. La réappropriation d'un terrain de liberté par des communautés exclues, volontairement ou non, peut être un formidable outil de dialogue et d'affirmation d'identité, à l'inverse du courant dominant. Les happenings, les financements participatifs ou certaines luttes sociales prouvent l'efficacité d'Internet pour aller à contre courant. Idéal pour contourner la censure ou la propagande qui dominent dans les médias traditionnels des pays victimes de gouvernance despotique, Internet peut parfois être apparenté à la TSF servant à la résistance de la seconde guerre mondiale à fomenter des actions contre l'ennemi. Internet sans plus être le moins du monde un outil contre-culturel facilite néanmoins l'accès à ces cultures dites contestataire, avant-gardiste ou émergentes.

 

V – Mode de vie alternatif : une contre-culture par essence

 

a- Contre-culture et culture underground

 

« La culture underground, est l'ensemble de productions culturelles, artistiques à caractère expérimental, situées en marge des courants dominants et diffusées par des circuits indépendants des circuits commerciaux ordinaires. »14 Étymologiquement, ce terme désigne des phénomènes souterrains soit secrets. Les pays en conflit voient se développer une culture underground vivace, tout là-bas, étant à créer, on se bat à coup de mots, de couleurs ou de musique électronique. La Serbie illustre parfaitement ce phénomène multipliant les projets alternatifs sur le territoire dévasté. Avant l'apparition d'Internet, l'underground était un complexe social-culturel, contre-culturel, en opposition à l'industrie culturelle mais en relation dialectique avec elle. Bien souvent contestataire, l'underground est contre-culturel par essence. À l’abri des regards de la « bonne société » filant droit, cette culture confidentielle critique les normes sociales, la morale, les codes inhérents à l’organisation sociale. L'underground utilise des techniques de communication et des réseaux de diffusion alternatifs (fanzines plutôt que grande presse, vente ou échange lors d'événements plutôt que commerce par grande distribution, prône du « do it yourself » et de l'autogestion). Cette exclusion du système courant n'est cependant pas systématiquement délibérée, et l'engagement sociopolitique n'est que facultatif. Les mouvements underground se distinguent d'une part par un éloignement des cultures et des médias de masse, et d'autre part par des valeurs véhiculées souvent considérées comme n'étant pas socialement ou politiquement correctes, voire subversives. Leurs protagonistes tiennent souvent à rester dans l'ombre. Un certain élitisme se développe parfois, chacun voulant rester en compagnie d'autres gens partageant les mêmes passions sans que ces dernières ne soient galvaudées par un effet de mode, dans le but avoué de conserver leur « identité culturelle ». Les mouvements les plus importants punk, techno, mods, skinhead, rasta, gothique, etc., adoptent des codes propres, et ainsi, très paradoxalement, tendent à s'uniformiser. Sujet à de nombreux stéréotypes et poncifs sensationnalistes, ces mouvements culturels souvent extrêmes ou même violents sur certains points (discours radicaux et subversifs, musique bruitiste, imagerie bizarre, gore, etc.), peinent parfois à exister sur le long terme au sein d'une société qui accepte difficilement, et parfois même réprime, cet anticonformisme. D'où cette connotation de révolte et d'insoumission au terme : une résistance face au monopole de la culture uniforme. Les idéaux et principes d'un mouvement underground sont souvent exprimés artistiquement : musique, peinture, littérature, cinéma, performance... l'underground n'est plus dès qu'il devient over-ground mais devient le fer de lance d'une culture à contre-courant qui se voit ensuite récupérée par les médias de masse ou la publicité.

 

b- les choix de vie nomades

 

Nous vivons dans un contexte de mondialisation et de multiplicités culturelles telles qu’il n’y a finalement plus d’antagonisme entre un ordre de marche établi et ses « contrordres ». Il n’y a, dès lors, plus de points d’accroche géographique, ni de « spécificités locales » à la contre-culture : ces mouvements de résistance infinis deviennent transnationaux. En accord avec la tradition historique, la « contre-culture » résiderait donc dans ce panel d’alternatives à l’ultralibéralisme hégémonique : créations, idées, naissances de formes de pensée ou d’actions innovantes... Il y a donc une multitude de bastions de contre-culture, qu’il s’agit de relier à leur point de départ historique : ce rêve d’une « autre » société. Ces choix de vie alternatifs s'accompagnent bien souvent d'une dimension créative notamment par le « do it yourself », la création de collectifs organisant expos, concerts ou poétiques urbaines. Au de-là de l'invention d'un mode de vie singulier, un processus de création artistique se déploie.

Les arts de la rue d'abord subversifs puisqu'ils avaient pour vocation la réappropriation de l'espace public ont aujourd'hui été validés par la main stream et des festivals déployant cette thématique fleurissent un peu partout sur l'hexagone. Les SDF et autres clochards puisent en eux mêmes pour chanter, danser, jongler, déclamer... et tenter ainsi de se faire connaître et de gagner leur pain quotidien. De nombreux musiciens utilisent la rue, le métro, la gare pour diffuser leur musique et signent des disques par la suite, c'est le cas notamment de Keziah Jones. Aujourd'hui la RATP organise même des castings pour « musiciens de métro » .

Les nouveaux travellers diffusant leur musique électronique, et leur visuels colorés et multi-ethnique à travers le monde soulignent tout à fait la double dimension de ce choix de vie à la fois libertaire et créatif. Bien que ces modes de vie alternatifs ne soient récupérés que par une mince partie de la société, ils métamorphosent néanmoins la perception que chacun a de la différence, ouvrent l'esprit d'une société engoncée dans un conformisme déterminé et participent ainsi à l'évolution sociale.

 

Conclusion

 

La société et l'art ont été en perpétuelle corrélation dans cet exposé parce qu'il sont inter-dépendants en termes d'influences, de transformations voire de révolutions. La contre-culture n'alimente pas la main stream mais s’en détache, la maudit et produit ainsi l’anticonformisme. Est-ce l'innovation qui effraie ou bien la forme contestataire que prend cette culture à contre-courant ? À mon sens, la pensée dominante se méfie des deux phénomènes, parce que la contre-culture bouleverse un ordre établi et que l'être humain, encore loin d'être prêt pour une réelle liberté, se conforte dans la pensée dominante rassurante. Le confort mercantile dans lequel s'est installée notre société ne favorise pas l’émergence d'une culture rebelle, on se révolte parfois timidement contre un décret, une loi, une bavure ; la vraie contre-culture ne peut naître que dans l'adversité.

Cette démonstration a bien établi que toute contre culture est un jour amenée à entrer au cénacle de l'intelligentsia, à devenir classique. Mais peut-on encore aujourd'hui parler de contre-culture quand l'information fuse électriquement au travers des médias, lorsqu'elle est récupérée par la publicité, quand la culture est devenue si éclectique et plurielle ? À mon humble avis oui ! La contre-culture est partout où l'insoumission est présente, partout où les réprimés ont besoin d'un exutoire, partout où le peuple se lève prouvant aux classes « supérieures » que l'intellectualité la plus fine peut se cacher dans la foule, l'innovation dans le commun, la beauté dans le présent.

Et je terminerai par ces mots de Boris Cyrulnik : « Tout innovateur est un transgresseur puisqu'il met dans la culture une pensée qui n'y était pas avant lui. Il est donc admiré par ceux qui aiment les idées nouvelles, et détesté par ceux qui se plaisent à réciter les idées admises. »15
 

 

Bibliographie

Livres : romans ou essais

  • Jean-Louis Harouel, Culture et contre-cultures, collection Quadrige, Presse universitaire de France, 1994

  • Hervé Glevarec, La culture à l'ère de la diversité, édition de l'Aube, Harmonia Mundi, 2013

  • Naomi Klein, No Logo, éditions Actes Sud, 2001

  • Bernard Préel, Le Choc des Générations, Éditions la Découverte, 2000

  • Dan Franck, Bohème, éditions Calmann Levy, 1998

  • Roy Lewis, Pourquoi j'ai mangé mon père, Pocket

  • Denys Riout, Qu'est-ce que l'art moderne ?, Folio essais, collection du groupe Gallimard, 2000

  • Ernst Gombrich, Histoire de l'art, Phaidon, première édition 1950

  • Viginie Despente, Bye Bye Blondie, Grasset, 2004

  • Miguel Amoros, Les Situationnistes et l'Anarchie, Éditions de la Roue, 2012.

  • Bourseiller (Christophe) & Penot-Lacassagne (Olivier) (dir.), Contre-cultures !, Paris, CNRS éditions, 2013.

  • Compagnon (Antoine), « Avant-gardes et récits orthodoxes », Les cinq paradoxes de la modernité, Paris, Seuil, 1990.

 

Site internet

 

Vidéo

  • Émission Strip Tease France 3 - Squat Skwatt - 2006

  • Où sont les contre-cultures ? - Forum d'Avignon 2013

  • Le Jour Le Plus Court - Soirée Contre-Culture

  • Contre-culture et publicité – Le Blog

 

 

1The making of Counter Culture (vers une contre-culture), 1969

2Définition Larousse : Se dit de spectacles, de films, d'œuvres littéraires, de revues d'avant-garde, réalisés en dehors des circuits commerciaux ordinaires.

3Denys Riout, Qu'est-ce que l'art moderne, chapitre : L'art abstrait

4Denys Riout Qu'est-ce que l'art moderne, Avant propos

5Définition Larousse

6Marie-Céline Lafontaine, ethnologue

7Gérard Denizeau, écrivain pour les archives de France

8 Denys Riout / « prophétie évangélique » suivant le succès tardif de Manet salon

9camp de réfugiés palestinien situé en Cisjordanie

10Titre d'un roman de Kerouac. Titre original The Dharma Bums

11Loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure. L’article 90, introduit par un amendement du gouvernement adopté par la commission des lois du Sénat, puis voté par le Sénat le 10 septembre 2010, créait une procédure d’exception, à l’initiative du Préfet et en l’absence du juge pour expulser les habitants installés de manière « illicite ». Si la procédure contradictoire était prévue dans les textes, elle était néanmoins compromise, et le texte voté par le Parlement prévoyait également la destruction des biens, ainsi qu’une amende de 3750 euros pour le propriétaire du terrain, public ou privé, qui s’opposerait à ces procédures.

12 En 2010, L.O.V.E. De l'artiste italien Maurizio Cattelan a provoqué la colère du président de l'autorité boursière milanaise avec sa sculpture baptisée L.O.V.E. Cette œuvre représentant une main aux doigts coupés à l'exception du majeur dressé était exposée devant la Bourse de Milan.

13Extrait de Denys Riout Qu'est-ce que l'art moderne ?

14Définition du Centre national des ressources textuelles et lexicales

15Boris Cyrulnic, Les âmes blessées

 

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belle

         belle

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Givaudan

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Orchidée du soir

cachant dans son parfum

le blanc de sa fleur

Buson

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Ni sourire

ni larmes

dans cet hibiscus

Ransetsu

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Rampant sur le sol

de la maison déserte

un volubilis

Shiki

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Sur un tas d'ordures

un volubilis a fleuri -

tardifd'automne

Taigi

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Visite au cimetière

le plus jeune enfant

porte le balai

Issa

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Descendant du champs

ruisselant sur eux

l'eau de l'automne

Buson

BULLE NEIGE 

Sous la lune voilée

les fleurs de Kaido

sommeillent

Kikaku

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Si rudement tombe

sur les oeillets

l'averse d'été

Sampû

PONT HIROSHIGE 

Averse d'été -

les moineaux du village

s'accrochent aux herbes

Buson

estampe 

Même au fond des puits

on peut voir les étoiles

Givaudan

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ROUGE

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Ocre rouge, rouge rubis, vermillon, cramoisi, pourpre, sang, carmin, écarlate, lie de vin ... Les nombreux mythes qui évoquent la genèse de la Terre la décrivent de couleur rouge. La science a mis en évidence que le pigment le plus répandu à la surface du globe est l'oxyde de fer qui devient rouge dès qu'il s'altère. Il est donc très probable que le premier continent fut effectivement rouge à l'aube de son Histoire...  

  plagerouge en Chine

La plage rouge de la province de Liaoning en Chine. Les algues de ce marais d'eau salée rougeoient nos mois d'été...

 

Rouge

le rouge de Zao Wou Ki

 

 

l'iris est un coeur...

" Chaque fois qu'un enfant dit : "je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt"  

James Matthew Barrie Peter Pan

 

  Fairies Looking Through A Gothic Arch, John Anster Fitzerald 


"Fées répandez partout la rosée sacrée des champs " 

William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été 

Spirit-of-the-Night--1879

Spirit of the Night, John Atkinson Grimshaw

 

"La bonne grâce est le vrai don des fées; sans elles on ne peut rien, avec elle on peut tout."

Charles Perrault, Cendrillon  

Les_anemones_1891-copie-1.JPG

Les anémones, Maurice Denis


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