Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 15:12

 

 


 

         Dans le sublime théâtre à l'italienne des Lices, feutré de rouge et plein des vapeurs humaines impatientes, Baudelaire et la troupe de l'atelier volant ont fait revivre Poe dans un spectacle au titre éloquent : Extraordinaires. Au beau milieu de la scène, une chaise; tout autour la pénombre. Un poète vient à passer et son subconscient lui fait écho. Puis ce sont des portes qui viennent se dresser là, comme des ouvertures sur l'infinité de l'horreur, ou encore comme les portes de la perception de Blake invitant le spectateur à pénétrer les mystères de son propre inconscient ou de son propre cauchemar. Tel un tableau impressionniste, le décor, la lumière et le mouvement des comédiens jettent ça et là d'émouvantes sensations. Sensations noires, parfois grinçantes qui glacent.

         Le décor est minimaliste mais juste, sons et Lumières créent l'atmosphère. Mélanger ainsi diverses œuvres et réussir à plonger le public dans chacune sans le perdre n'était pas pari aisé, et pourtant les quelques objets dénichés dans des brocantes ont suffit à créer un monde fantastique, un monde que les comédiens habitent et où ils invitent le spectateur. Portes par où les acteurs vont et reviennent, chandelier de cristal ou suspension vacillante, flamme de bougie et clair-obscur sont tout autant d'éléments qui cadrent et définissent le verbe de Poe. Les portes ouvrent la perception du cauchemar, de l'irréel ou bien du surréalisme, outre leur fonctions transitoires ces portes frayent le chemin du subconscient et le symbolisent. Un air de piano ébauche le voyage extraordinaire, des voix chuchotantes ou hurlantes angoissent, puis des cloches sonnent midi, des portes claquent et un son électronique d'outre-tombe rythment étrangement la marche éternelle de la morte. Regorgeant de trouvailles scéniques il en est de même pour les costumes. Ainsi les mortes portent-elles une robes blanche que bleuit un effet de lumière, où l'Ange du Bizarre porte le couvre-chef décrit comme son habit dans le livre. Le célèbre Raven est quand à lui juste évoqué grâce à un jeu d'ombre chinoise.

 

         La mise en scène de Laurent Pelly qui s'est construite à partir d'improvisations des comédiens suit un fil thématique qui met en lumière l'adaptation judicieuse d' Agathe Mélinand. Elle dit aimer les mots et le spectateur s'en rend tout de suite compte, le verbe des acteurs résonnent en effet avec toute la poésie de Baudelaire et l'imaginaire de Poe. On entend même une rimes ici ou là justement posée, phrasée avec justesse. Dialogue et monologues se succèdent conférant ainsi au spectacle un rythme qui ne s'essouffle pas. La pièce commence avec “The Philosophy of Furniture” et se termine par la fin de cette même nouvelle. Comme par un système de poupées russes les nouvelles s'imbriquent harmonieusement, ainsi la Maison Usher abrite-t-elle plusieurs histoires. Exploitant les thèmes récurrents de Poe, l'atmosphère étrange prend ici tout son sens. On retrouve par exemple plusieurs fois l’ensevelissement prématuré dans The Duc De L'Omelette ou The Premature Burial ou le fantôme féminin dans "the Fall of the house of Usher" ou "The Oval Portrait " qui est monologué par l'incarnation du portrait. les mots de Baudelaire quasi inchangé ici, sont déclamé avec une voix d'une pureté étrange et terrifiante.

         Subtilement chorégraphiée, la pièce apparaît presque comme un ballet. Les acteurs se meuvent avec la lenteur d'un mort-vivant. Quand la folie intervient comme dans "The System of Doctor Tarr and Professor Fether", tout s'accélère, une folle ouvre d'ailleurs la scène à la manière d'un derviche tourneur. "The Angel of the Odd" hurle et adopte excellemment le langage grotesque que Poe lui a assigné. Un enchevêtrement humain met en scène "Le Roi peste" qui scande : «Trahison» avec ses sbires. Aussi un jeu de répétition montrant tour à tour démon, ivrognes, fantôme et corbeau accentue l'inquiétude du spectateur, cette redondance est réitérée avec les mortes qui infiniment erreront et hanteront les maisons où elles ont péri. Les transitions sont malines si bien que toutes ces nouvelles fusionnent en une œuvre harmonieuse que Poe aurait sans doute saluée.

 

        Ce spectacle synthétise la peur, le grotesque, le rire et la poésie. Défaites vous de tout vos carcans intellectuels et aventurez vous dans un voyage atmosphérique aux portes de l'étrange ; vous en sortirez émerveillé et avec le désir de dévorer l'œuvre intégrale d'Edgar Allan Poe.


2.jpg

 

 

2-copie-1.jpg

 

2-copie-2.jpg

Partager cet article
Repost0

Visage De L'invisible

  • : Biz'Art
  • : " Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal
  • Contact

Déracinés ...

imagesCAZKQ4OQ   " La lisière est belle , s'était toujours entendu dire la jeune fille par ses parents, nous avons bien de la chance  de pouvoir admirer la forêt de nos fenêtres mais, point trop n'en faut. Notre vraie vie se déroule dans les prés, les villes, et villages, les églises et écoles, tous ces lieux harmonieusement disposés et cartésiennement surveillés par les diverses instances de l'ordre social, économique, religieux, et politique."                   

Nancy Huston   femme-arbre2

  "Il y a deux sortes d'arbres : les hêtres et les non-hêtre."

 Raymond Queneau

chaignon li rose

" L'harmonie fut ma mère dans la chanson des arbres et c'est parmi les fleurs que j'ai appris à aimer."

 Friedrich Hölderlin

imagesCAL7CPWN

"C'est l'hiver, les arbres sont en bois"  

Jules Renard  

Krishnamurti

  "La beauté inclut évidemment la beauté de la forme; mais sans la beauté intérieure, la simple appréciation sensuelle de cette beauté de la forme mène à la dégradation, à la désintégration. Il n'est de beauté intérieure que lorsqu'on éprouve un amour véritable pour les gens et les choses qui peuplent la terre, cet amour s'accompagne d'un très haut degrè de considération, de prévenance et de patience."

 

kris

" Cette terre est la nôtre, elle n'appartient ni aux communistes, ni ni aux socialistes, ni aux capitalistes; elle est à vous et à moi, prête à nous offrir une vie riche, heureuse, sans conflit. Mais ce sentiment de la richesse de la vie, ce sentiment de bonheur, ce sentiment qui nous souffle : "Cette terre est à nous", ne peut être suscité par la coercition ou par la loi. Il ne peut venir que de l'intérieur, parce que nous aimons la terre et tout ce qui l'habite : voilà ce qu'est cet état de perpétuel apprentissage."

HaïKuS eStAmPéS

geisha-en-rose-001 1232031722 thumbnail

Jupe virevoltante

et chignon haut placé

 

Je l'ai vu passé

rue de la Gaîté

 

belle

         belle

                  belle

à pleurer

 

Givaudan

estampe japonaise 1

Orchidée du soir

cachant dans son parfum

le blanc de sa fleur

Buson

imagesCAN6RQ19 

Ni sourire

ni larmes

dans cet hibiscus

Ransetsu

Shiro%20Kasamatsu%20Soir%20brumeux%20%20sur%20l%20etang%20d 

Rampant sur le sol

de la maison déserte

un volubilis

Shiki

imagesCAP8OF52 

Sur un tas d'ordures

un volubilis a fleuri -

tardifd'automne

Taigi

hokusai1big 

Visite au cimetière

le plus jeune enfant

porte le balai

Issa

imagesCAYY0J2S

Descendant du champs

ruisselant sur eux

l'eau de l'automne

Buson

BULLE NEIGE 

Sous la lune voilée

les fleurs de Kaido

sommeillent

Kikaku

imagesCAYIIYKH 

Si rudement tombe

sur les oeillets

l'averse d'été

Sampû

PONT HIROSHIGE 

Averse d'été -

les moineaux du village

s'accrochent aux herbes

Buson

estampe 

Même au fond des puits

on peut voir les étoiles

Givaudan

imagesCAMGE2VO

ROUGE

DREAMSELLER by notmystyle 

Ocre rouge, rouge rubis, vermillon, cramoisi, pourpre, sang, carmin, écarlate, lie de vin ... Les nombreux mythes qui évoquent la genèse de la Terre la décrivent de couleur rouge. La science a mis en évidence que le pigment le plus répandu à la surface du globe est l'oxyde de fer qui devient rouge dès qu'il s'altère. Il est donc très probable que le premier continent fut effectivement rouge à l'aube de son Histoire...  

  plagerouge en Chine

La plage rouge de la province de Liaoning en Chine. Les algues de ce marais d'eau salée rougeoient nos mois d'été...

 

Rouge

le rouge de Zao Wou Ki

 

 

l'iris est un coeur...

" Chaque fois qu'un enfant dit : "je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt"  

James Matthew Barrie Peter Pan

 

  Fairies Looking Through A Gothic Arch, John Anster Fitzerald 


"Fées répandez partout la rosée sacrée des champs " 

William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été 

Spirit-of-the-Night--1879

Spirit of the Night, John Atkinson Grimshaw

 

"La bonne grâce est le vrai don des fées; sans elles on ne peut rien, avec elle on peut tout."

Charles Perrault, Cendrillon  

Les_anemones_1891-copie-1.JPG

Les anémones, Maurice Denis


"Le hasard, c'est le déguisement de Dieu pour voyager incognito." 

Saint Exupery