Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 08:13

Saint Sebastien (Cf : La légende dorée de Jacques de Voragine) est le sujet de 3 tableaux de Andréa Mantegna, peintre et graveur renaissant qui après un apprentissage  dans l'atelier éclectique de Francesco Squarcione à ¨Padoue devient peintre de cour. Là, il réussit à imposer un changement de goût radical, du gothique tardif romanesque et orné à l'humanisme archéologique et perspectif. L’artiste de Padoue vivait à une période de fréquentes épidémies de peste et saint Sébastien, qui a survécu à sa condamnation à mort par sagittation, était considéré comme un protecteur contre cette maladie. Lors de son long séjour à Mantoue, Mantegna résidait près de l’église dédiée à saint Sébastien.

Le martyr de saint sébastien, Andrea Mantegna, 1456-1459. Panneau, 68/30cm, Kunsthithorishes Museum, Vienne

Le martyr de saint sébastien, Andrea Mantegna, 1456-1459. Panneau, 68/30cm, Kunsthithorishes Museum, Vienne

Il est supposé que cette image a été créée après que Mantegna a survécu à la Peste noire à Padoue (1456-1457). Probablement une commande du Podestat de la ville pour célébrer la fin de l'épidémie, elle était terminée avant que l'artiste ne parte pour Mantoue. D'après Eugenio Battisti le thème s'inspire de l’Apocalypse de Jean. Un cavalier est représenté dans les nuages au coin supérieur gauche. Comme précisé dans l’œuvre attribuée à saint Jean, le nuage est blanc et le cavalier tient une faux pour couper le nuage. Le cavalier pourrait représenter Saturne, le dieu gréco-romain symbole, à l'époque, du temps qui passe et de tout ce qu'il laisse détruit derrière lui. Au lieu de la figure classique de Sébastien attaché à un poteau du Champs de Mars, il est ici représenté contre un arc, soit un arc de triomphe soit une porte de la ville. En 1457, le peintre est attaqué par l’Église pour n’avoir peint que huit apôtres dans sa fresque de l’Assomption. En guise de réponse, il appliqua les principes du Classicisme d'Alberti dans ses œuvres postérieures, dont ce petit Saint Sébastien, affecté par sa propre nostalgie. Les principales caractéristiques du style de Mantegna sont la pureté de la surface, la précision « archéologique » de sa reproduction des détails architecturaux et l'élégance de la posture du martyr. La signature de Mantegna est inscrite, en grec, à la verticale, à droite du saint.

Le martyr de saint Sebastien, Andrea Mantegna, 1480. Toile, 255/140cm, Musée du Louvre, Paris

Le martyr de saint Sebastien, Andrea Mantegna, 1480. Toile, 255/140cm, Musée du Louvre, Paris

Le Saint Sébastien d’Aigueperse aujourd'hui au Louvre faisait jadis partie du retable de San Zeno de Vérone. Chiara de Gonzague, fille de Frédéric Ier de Mantoue, qui épouse Gilbert de Montpensier, dauphin d'Auvergne, en 1482, le donne à la Sainte-Chapelle d'Aigueperse, en Auvergne. Il ne rejoint le musée du Louvre qu'en 1910. L’image illustre vraisemblablement le thème de l’athlète de Dieu inspiré par un sermon apocryphe de saint Augustin. Le saint, attaché à un arc antique est observé d’une perspective inhabituellement basse, choisie par l’artiste pour renforcer l’impression de solidité et de domination du sujet. La tête et les yeux tournés vers le Ciel confirment la fermeté de saint Sébastien dans la souffrance du martyre. À ses pieds, les deux archers créent un contraste entre l’homme de foi transcendante et ceux qui ne sont attirés que par des plaisirs profanes. En plus du symbolisme, l’image est caractérisée par la précision de la représentation des ruines antiques et par les détails réalistes tels que ce figuier à côté de la colonne et l’anatomie du saint. En arrière plan de ce Saint Sébastien du Louvre, on aperçoit les ruines antiques, décor classique des tableaux de Mantegna. Le chemin escarpé, les graviers et les grottes font référence à la difficulté d’atteindre la Jérusalem céleste, la ville fortifiée au somment de la montagne, au coin supérieur droit de l’image, décrite au chapitre 21 de l’Apocalypse de saint Jean.

Le martyr de saint Sébastien, Andrea Mantegna, 1490. Panneau, 68/30cm. C'ad'Oro, Venise

Le martyr de saint Sébastien, Andrea Mantegna, 1490. Panneau, 68/30cm. C'ad'Oro, Venise

Pik

Le troisième Saint Sébastien de Mantegna peint quelques années plus tard, vers 1490, très différent des précédentes compositions, dénote un pessimisme marqué. La représentation du saint torturé s’impose devant un fond brun, sombre et neutre. L’artiste explique ses intentions dans la banderole enroulée autour de la chandelle éteinte, au coin inférieur droit. Il y est écrit en latin : Nihili nisi divinum stabile est. Coetera fumus (« Rien n’est permanent si ce n’est divin. Le reste n’est que fumée »). Le fait que le thème de la fugacité de la vie ne soit généralement pas associé aux images de saint Sébastien paraît justifier la nécessité de cette inscription. La lettre M formée par les flèches croisées sur les jambes du martyr pourrait signifier Morte (« Mort ») ou Mantegna.
 

Partager cet article
Repost0
31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 16:39

2.jpg  Alicia Dujovne Ortiz 

 

  Dora Maar


   Prisonnière du regard

 

2-copie-5.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Prologue avec lumière masquée (premières pages)

 

Le 15 mai 1945, le photographe Brassaï décrivait dans son journal l'une des nombreuses scènes qu'il relatait chaque jour de sa relation avec Picasso.

Ce matin-là, le Malaguène était en veine. La libération de Paris et le printemps arrivaient de concert.  Il venait d'avoir une conversation des plus interréssante avec Malraux, récemment débarqué à Paris avec son béret de résistant, et s'apprêtait à déjeuner avec un grope d'amis au restaurant du coin, Le Catalan, rue Saint-André-des-Arts. Parmis eux, entre autres, se trouvaient deux de ses fidèles, le poète Paul Eluard et la compagne de celui-ci, la fragile et provocante Nusch.

"Une neuvième place encore vide est réservée à Dora Maar [...] Nulle part sa conversation n'atteint son plein régime de drôlerie et de fantaisie comme à table, pendant le repas, entouré d'amis. Il abonde alors en histoires malicieuses, en cancans, en souvenirs, fuse et étincelle de calembours, de paradoxes..."

[...] Dora Marr arrive. Elle est sombre. Elle serre les mains, elle serre les dents sans un mot, sans un sourire. Elle s'assied. Deux minutes ne sont pas écoulées lorsqu'elle se dresse et dit :" J'en ai assez, je ne peux pas rester. Je m'en vais..." Et elle quitte la salle...

"Picasso, qui n'a pas encore eu son chateaubriand, se lève et court après son amie Le départ de Dora fut si brusque qu'il ne put la retenir... Nous continuons à parler, mais le repas est troublé. Ces deux places vides coupent notre appétit... Nush Eluard avec son beau sourire, se penche vers moi et me dit : " Ne nous en faisons pas ! Histoire de femme! "

" Une heure plus tard hirsute, affolé, épouvanté, Picasso réapparaît au Catalan. Je n'ai jamais vu un tel désarroi sur son visage."Paul, viens vite, j'ai besoin de toi..." dit-il à Eluard. Le poète se lève et suit Picasso. Nous n'osons plus quitter la table. Il est déjà quatre heures et nous les attendons toujours. Une éternité. Ni l'un ni l'autre ne reviennent. A cinq heures nous partons."

Trois jour plus tard, le vendredi 18, Brassaï rencontre à nouveau Picasso. Ils se sont donné rendez vous au Café de Flore. Picasso dit soudain :

"Je connais une jeune femme. Elle a eu une dépression. Elle s'est imaginé être une reine... Et pas n'importe quelle reine, mais la reine du Tibet ! Et elle se comporta aussitôt en reine. Elle n'a plus voulu se chausser : une reine marche pieds nus. Elle n'a plus voulu manger : une reine, n'est-ce pas, est au-dessus de ces choses... Et elle a parlé tout le temps d'un duc... "Le duc a fait ceci...", "Le Duc a fait cela..." Mais, quand on lui a parlé de ce duc , elle a parlé de ce duc, elle a répondu :"Il n'est plus duc, il a été nommé comte !"

"Jacques Prévert : C'est merveilleux ! Un duc qui a été nommé comte !

" Picasso : C'est merveilleux et c'est inquiétant. Nous sommes dans la féerie et dans le cauchemar... Où est la frontière entre l'imagination et le délire ?"

Brassaï ajoute dans une note en bas de page : "Cette personne était Dora Maar. Depuis le déjeuner au Catalan, elle souffrait d'une dépression nerveuse."


  ...


'Retrato de Dora Maar'. - PABLO PICASSO -

2-copie-1.jpg

 

 

Man Ray (1936). Dora Maar

2-copie-2.jpg

 

 

Dora Maar par Picasso

 

Muse et victime, pas tout à fait innocente, de Pablo Picasso, Dora Maar fait l’objet d’une analyse passionnante dans l’œuvre d’Alicia Dujovne Ortiz : Dora Maar, prisonnière du regard. L’auteur livre une étude psychanalytique de celle que le maestro, du haut de son génie, a manipulé puis abandonné par perversion narcissique.

Né Henriette Théodora Markovitch, elle s’est imposée en tant que photographe auprès des surréalistes. Muse de Man Ray puis compagne du cinéaste Louis Chavance et du non moins torturé Georges Bataille, elle s’entoure d’un cercle d’artistes d’avant-garde et de grands esprits qui ont manifestement bouleversé l’entre-deux-guerres. Maîtresse de Picasso, elle deviendra par la suite La Femme qui pleure aux larmes tranchantes. Après sa rupture avec le peintre, cloîtrée à Ménerbes, elle se réfugiera dans la religion et dans une profonde solitude. Profonde et quasi-mystique, Dora Marr sort enfin de l’ombre.


Dora Maar - Les quais de la Seine
1944
Huile sur toile - 80 x 100 cm

 

 


Dora Maar - Portrait de Pablo Picasso au chapeau noir
1935
Huile sur toile - 61 x 50 cm

 

 

Dora Maar - Paysage et ciel
vers 1960
Huile sur toile - 46 x 55 cm

 

 

Dora Maar - Composition au réveil
1943
Huile sur toile - 81 x 65 cm

 

 

Sans titre, huile sur toile, Dora Maar

2-copie-21.jpg

 

 

Compostion, gouache, Dora Maar

2-copie-22.jpg

 

 

Ombres, déviations, torsions, effets de plongée, de contre-plongée, de suspension, de renversement, de chute, liés à l'angoisse de la verticalité, dramatisent, dans l'oeuvre de Dora Maar, la vision du réel. Les critiques, à propos de cette dernière, parlent de gauchissement du regard, caractéristique d'une sorte de baroquisme tragique. Ce gauchissement affecte, non seulement la vision de la ville, oblique, pentue, abyssale, mais aussi celle des êtres qui la hantent. Robert Desnos publie à la même époque Corps et biens, autre manifestation de l'esthétique du naufrage.

 

 

2-copie-16.jpg

 

Assia au masque blanc, 1934, Dora Maar

2-copie-17.jpg


Père Ubu, 1936, Dora Maar

2-copie-15.jpg

 

 

Paris, mendiant aveugle, 1930, Dora Maar

2-copie-18.jpg

 

 

Paris, sans titre, 1930, Dora Maar

2-copie-19.jpg

 

 

Silence, 1935-1936, Dora Maar

2-copie-20.jpg

 

...



Partager cet article
Repost0
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 13:10

 

 

21_nqMHU.jpg

 

 

 

       Brève définition de l'esthétique et du crime :


"L'Art est toujours immorale (...) car l'Art poursuit l'émotion." Oscar Wilde

ou
  "le beau et le laid, l’intense et le creux remplacent comme critères le bien et le

 

mal." Nietsche


       L'esthétique désigne communément le "Beau". Mais rien n'est moins commun que cet idiome devenu discipline. C'est au XIXème siècle, tandis que les artistes tels que Baudelaire, Mallarmé ou Rilke prennent à rebour les valeurs du Beau d'alors, que l'esthétique devient une science philosophique s'intérressant à la perception du beau dans la nature ou dans l'Art. La philosophie de l'Art se rapporte aux émotions provoquées par une oeuvre d'Art puis au jugement comme prédication soit _ceci est symbolique / ceci est engagé... et elle s'oppose à l'utile, au fonctionnel. 

 

          Le terme crime quand à lui vient du latin "crimen" qui signifie "l'accusation" ou du bas latin "faute" ou "souillure". Il exprime une rupture par rapport au règles et aux usages d'une communauté du point de vue de la morale, de l'éthique et de la beauté. Cependant l'acte coupable (actus reus) et l'intention coupable (mens rea) sont à distinguer. C'est pourquoi du crime de sang froid au crime passionnel en passant par le crime contre l'humanité, ce terme balaie bien des aspects que nous tâcherons d'explorer d'un point de vue esthétique.3018101689_1_9_0Z0aL0Gj-copie-1.jpg

 

 

           I) Esthétisation du crime dans l'acte d'écrire, de peindre, de photographier ...

 

          Fiction : Littérature et cinéma

 

          - Atmosphère


          A quel moment le crime devient-il esthétique ?

       Cadavre, empreinte, indice, alibi, coupable, victime, scène de crime, police, inspecteur, suspect, complice, pièce à conviction, soupçon, témoins, coup de feu, preuves, mandat de perquisition, loupe et/ou chapeau, archive, laboratoire, mobile, commisariat de police, detective ...

       Tout ce verbiage plonge le récepteur, lecteur ou spectateur, dans une atmosphère : l'esthétique du polar, du roman noir ou du thriller selon... La mise en place d'un décor, d'une ambiance, la peinture de personnages typiques et l'application d'un code sont nécessaires à une immersion totale dans le genre.

       Dans un livre ce seront le rythme, le langage soutenu ou argotique, les décors : est-ce un huis-clos ? une scène urbaine ? rurale ? , est-ce le crépuscule, l'aube ...?, les Flash-back, les mots et l'atmosphère qu'ils confèrent...

       Au cinéma, le son et la lumière primeront. Une certaine tendance au Jazz caractérise de nombreux film noir des années 50 et 60, un air de saxophone ou de piano qu'accompagne un criminel ou bien un enquêteur qui sirotte son scotch ou erre dans la nuit. Ainsi l'illustre Mark Isham en composant un thème sombre et rétro fidèle au Dalhia Noir de Ellroy qu'il accompagne ou encore Miles Davis avec son Ascenseur pour l'Echafaud pour un film de Louis Malle en 1958.

 


  

  1312422-Charles Baudelaire les Fleurs du mal le V-copie-1

 

    

 

          La musique et les sons contribuent grandement à la tension dans un thriller, on le distingue parfaitement dans Psycho de hitchcock. Ce film de 1960, considéré comme un chef d'oeuvre du suspense, doit beaucoup à sa bande originale.

 

 

 

 

          - Procédé de mise en abyme


          C'est à André Gide que l'on doit cette appellation du procédé qui dira dans son journal en 1893 :

 

« J'aime assez qu'en une œuvre d'art on retrouve ainsi transposé, à l'échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre par comparaison avec ce procédé du blason qui consiste, dans le premier, à mettre le second en abyme. »

 

 civi-9.jpgcivi-9-copie-1.jpgcivi-9-copie-2.jpgcivi-9-copie-3.jpgjames-ellroy-ma_part_ombre.gifcivi-9-copie-4.jpg

"comme tout genre parvenu à maturité, le roman policier connaît les mises en abîme et les jeux réflexifs. Demouzon, dans Dernière station avant Jérusalem,  inscrit un livre, en abîme, où figure déjà.l'histoire qu’il est en train de raconter; de même, Gardens of love (Marcus Malte); le même Marcus Malte prolonge (et détourne) le grand classique de Hammett dans Le vrai con maltais, puis Maïté Bernard lui emboîte le pas avec Même pas Malte. Jean-Pierre Gattégno, Fred Vargas multiplient les références intertextuelles; et Jean-Bernard Pouy, les contraintes à la manière de l'Oulipo."

 

 

(www.fabula.org/actualites/le-roman-policier-francais-contemporain_61161.php)

 

Punch.jpg

 

exemple de mise en abyme avec Monsieur Al Pacino


          -  Un exutoire pour l'artiste


          Bien souvent l'acte créatif est un exutoire pour l'artiste qui utilise la terreur, frayeur ou angoisse comme thérapie. Ainsi James Ellroy auteur du fameux Dalhia Noir, écrira-t-il La part d'ombre roman mis en scène plus tard par De Palma dans lequel il exulte le meurtre de sa mère en 1958. Le livre raconte la jeunesse de Ellroy qui après la mort de sa mère se retrouve livré à lui même errant dans les rue de Los Angeles, là il se passionnera pour les femmes assassinées et pour le roman noir.

          

 

 

           Pour l'artiste plasticienne Linda Ellia , Mein Kampf devient 'Notre combat". Il ne s'agit pas ici de polar mais bel et bien d'un livre criminel... Elle dira à son sujet : "Lorsque je me suis trouvée en possession du livre d'Adolf Hitler : Mein Kampf,  les doigts me brûlaient. (...) Un soir, l'idée m'est apparue : faire participer un public de tous bords et de toutes conditions, et en faire une œuvre collective. Je découperai chaque page du livre, et la distribuerai à une personne de mon choix ou prise au hasard, et cela pour les 600 pages du livre. Ces 600 intervenants représenteront plus de 6 millions de morts parmi les déportés. Le but est de manifester sur cette page l’émotion qui naîtra en chacun. Ainsi, nous referons le livre.  Il deviendra : « Notre Combat »."

civi-2.jpg 


 

ATTESTATION D ASSURANCES

 

bbb 

bbbb

 

 


 

 

 

 


civi 3 001


 

 

civi-1.jpg 


 

brouillon.jpg...

 
          - Un univers contrasté

 

         Les contrastes et les oppositions sont essentiels à la défamilliarisation qui provoque la perte de repère du récepteur et le plonge dans une atmosphère inconfortable. Les contrastes de couleur, d'ambiance ou de registre, de sons, bruit et silence, ombres et lumière ... tout cela amène un certain mystère qui transporte le lecteur ou spectateur dans une bulle noire. Le sang sur la neige, rouge sur blanc est une dissonnance colorée très exploitée dans le polar. Ainsi le combat finale de Kill Bill où l'héroine se bat au sabre avec une japonaise sous la neige laissant apparaître ici et là des gouttes de sang ou les romans de McGrath, Le Garçon dans la neige,  de Henriksen, Du sang sur la Neige, de André Héléna, Neige de Sang ,  de Nele Neuhaus Blanche Neige doit mourir ou encore Le garçon qui dormait sous la neige du maître incontesté  du roman noir, Mankell qui oppose à l'univers parfois sombre des adultes l'imaginaire foisonnant d'un garçon de douze ans. Le Labyrinthe de Pan, lui aussi, met en scène une jeune héroine amatrice de conte de fée avec en toile de fond la guerre d'Espagne... Des personnages purs dans un monde sanguinaire et violent...  

              

Truffaut disait un jour, au sujet de Hitchcok :


 "Hitchcok filme les scènes d'amour comme des scènes de meurtre et les scènes de meurtre comme des scènes d'amour".

 

        9782258088221FSbbb-copie-7bbb-copie-3bbb-copie-6bbb-copie-4bbb-copie-8bbb-copie-5

  

          II) Théâtralisation du malfaiteur et de l'enquêteur

 

          - L'enquêteur 

 

     Dans le monde du polar ou du roman noir, les enquêteurs, policiers ou privés sont héros au même titre que  le criminel. Un code est mis en place, une précise hierarchie défini les rôles, une procédure de plus en plus étoffée balise la scène de crime. Depuis l'analyse déductive de Dupin chez Poe en passant par le détective Sherlock Holmes qui dépeint en fond l'Angleterre Victiorienne jusqu'au Kurt Wallander de Mankell ou ce cher Dexter ... photographes, profilers, scientifiques, en bref, enquêteurs de plus en plus spécialisés participent à la théâtralisation de l'enquête. Dexter devient quasiment un artiste quand il place ses fils de laine rouge pour étudier la projections sanguines.

 

1094825_614138688629945_1175644157_n.png

             La série Millénium de Stieg Larson est devenue très vite phénoménale si bien que les lecteurs avides de connaitre la suite faisaient le pied de grue devant les librairies à  chaque parution. Ce thriller que l'on pourrait qualifier de "politique" crée sa tension par une violence accrue, des personnages extrêmement complexes et une intrigue fascinante. les titres : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes ,  La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d'une allumette, La reine du palais des courants d’air sont eux même très accrocheurs ainsi que les couvertures de la collection Acte Noire chez Acte Sud.

bbb-copie-1.jpg

          Le fameux  film-maker, David Fincher reconnu pour son univers sombre et violent s'est d'ailleur attaqué à la réalisation de Millenium, Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes. Après Alien 3, Seven, Fight club ou Panic room, Fincher réussi son nouvel opus et reçoit pour celui-ci de nombreuse distinctions.

                               1312422-Charles_Baudelaire_les_Fleurs_du_mal__le_V-copie-2.jpgbbb-copie-21312422-Charles_Baudelaire_les_Fleurs_du_mal__le_V-copie-3.jpg1312422-Charles_Baudelaire_les_Fleurs_du_mal__le_V-copie-4.jpg1312422-Charles_Baudelaire_les_Fleurs_du_mal__le_V-copie-5.jpg


            C'est l'enquêteur qui dans From Hell, donnera le ton. Detective à Scotland Yard, Frederic Abberline prend en chasse Jack l'éventreur meurtrier des prostituées de Whitechapel d'une manière peu orthodoxe. Il fait en effet usage d'opium et d'absinthe pour résoudre les énigmes qui lui sont soumises. C'est dans cette ambiance victorienne, profondément gothique que voyage le spectateur fasciné.

                         bbb-copie-10brouillon-copie-1

 

          -Le Malfaiteur

 

           les malfaiteurs comme nous l'avons vu précédemment comptent des individus de toute sorte, qu'ils soient psychopathes /psychotiques, simple névrosés, victimes d'un concours de circonstances comme notre cher Paul des Demoiselles de Concarneau, mafieux, politiciens véreux ... et tant d'autres. Les tueurs en série demeurent néanmoins des sujets passionnants pour illustrer notre propos. En effet bien souvent esthètes et cultivés ils déploieront leur mise à mort autour d'un thème, on pourrait dire qu'ils s'adonne à leur tâche en "harmonie".


On songe à jean Baptiste Grenouille du parfum de Suskind, être d'une laideur sans nom qui s'emploie au métier fin et délicat de Nez :


"A dater de ce jour, en revanche, il lui semblait savoir enfin qui il était vraiment : en l'occurrence, rien de moins qu'un génie ; et que sa vie avait un sens et un but et une fin et une mission transcendante : celle, en l'occurrence, de révolutionner l'univers des odeurs, pas moins ; et qu'il était le seul au monde à disposer de tous les moyens que cela exigeait : à savoir son nez extraordinairement subtil, sa mémoire phénoménale et, plus important que tout, le parfum pénétrant de cette jeune fille de la rue des Marais, qui contenait comme une formule magique tout ce qui fait une belle et grande odeur, tout ce qui fait un parfum : délicatesse, puissance, durée, diversité, et une beauté irrésistible, effrayante."


ou à  Sweeney Todd de Tim Burton, barbier fou qui utilisera son outil de travail pour exécuter ses victimes afin de recouvrer sa vie. Rouge et cendre, personnages farfelus, gothique absolu et chansons de comédie musicale tout ici est paradoxale et le spectateur en ressort avec une émotion mélangée entre drôlerie et horreur ...

 

 

Hannibal Lecter du Silence des agneaux se délecte des Variations de Golberg du grand Bach depuis sa cellule d'où il s'apprête à s'enfuir, dévorant ses gardiens comme un animal affamé. Delicatesse et sang encore ce contraste ...

 

 

 

           - Quand enquêteur etMalfaiteur se confondent

 

          La psychologie des personnages, l'empathie que peuvent ressentir les enquêteurs vis à vis de ceux qu'ils pourchassent vient souvent troubler le fil de l'histoire et offre une chute détonnante. Les films tels que Fight Club, Shutter Island, Attrape moi si tu peux, Dexter, Mystic River sont autant d'exemples où le récepteur est perdu. Le malfaiteur étant le héros ou bien l'enquêteur pris dans un imbroglio. Dans Fight club la psychologie défaillante du héros schizophrène le poussera à devenir le anti-héro dans le même temps, dans Attrape moi si tu peux, l'usurpateur d'identité excelle tant que l'enquêteur chargé de sa poursuite finit par le prendre en sympathie et va même jusqu'à l'engager comme profiler, Dexter quand à lui joue impunément les deux rôles, l'enquêteur de Shutter Island se trouve pris au piège accusé de folie... 

 

 

 

   
 

...

 

          III) Le crime dans les Arts plastiques


         Le premier crime connu remonte aux temps biblique à Abel et Caïn, la Bible ouvrage immensément symbolique qui fait plus que fasciner depuis plus de deux millénaires a peut être ébauché le genre et bien avant le cinéma ou la production littéraire massive des peintres ont représenté le crime, ils avaient eux aussi leur code, leur violence, leur mystères ...

57458339-copie-7.jpg

Abel et Caïn, Le Titien, entre 1542 et 1544

 

57458339-copie-1.jpg

La Mort de Marat, Jacques Louis David, 1753


Jean-Paul Marat, intellectuel et député Montagnard de la Convention pendant la révolution fut assassiné chez lui le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday, une provinciale révolutionnaire. L'inscription "A Marat, David" qu'on retrouve sur le coffre en bois suggère, par la forme et l'épitaphe, une pierre tombale et  dénote l'hommage que fit David à son ami Marat. Se détachant du fond noir, le corps de Marat est reprèsenté agonisant, la tête enveloppée d'un turban blanc est penchée sur le côté. Sa main droite ballante, tient une plume ; le bras gauche repose sur le rebord d'une planche drappée d'un tissu vert, la main tient une feuille écrite. Le corps est appuyé contre la baignoire que recouvre un drap blanc souillé du sang de Marat ; au pied de la baignoire se trouve un couteau au manche blanc taché de sang.

Avec ce tableau incontestablement néoclassique, David inscrit l'acte révolutionnaire et ce meurtre en particulier dans l'Histoire.

David mêle ici la représentation naturaliste de l'évenement (couteau taché de sang, lettre, cicatrice...) et idéalise le sujet en le dramatisant. David déplie une diagonale lumineuse qui place son sujet tel un Christ agonisant comme après la Passion. Le coffre dédicacé fait lui songer à une pierre tombale ... La mort, le crime et leur imagerie sont bien présents ...

 

57458339-copie-6.jpgPierre-Paul Prudhon, La Justice, la vengeance divine poursuivant le crime, 1808

 

Oeuvre de commande pour le préfet de Seine Frochot pour le tribunal criminel en 1804 (la cours d'assises) du tribunal de Paris.

Les mémoires adressés au préfet, la correspondance avec Constance MAYER, les esquisses préparatoires renseignent sur les projets et les travaux d’avancement de l’oeuvre. Un dessin de 1806 montre un premier projet Thémis et Némésis  auquel renonça l’artiste qui travaillait déjà sur ce projet : La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime qui aboutit en 1808. Prud'hon y associe personnages réels et figures allégoriques dans un éclairage tragique et violent. La facture audacieuse et le sentiment dramatique en font une oeuvre typique du pré-romantisme.

 

1312422-Charles_Baudelaire_les_Fleurs_du_mal__le_Vin_du_sol.jpg

Eugène Philastre, Le corps merveilleux de Galswinthe XIXe

 

"Ce que voyant le roi Chilpéric demanda sa sœur Galswinthe bien qu’il eût déjà plusieurs épouses ; il fit promettre par les ambassadeurs qu’il délaisserait les autres pour peu qu’il méritât d’avoir une femme digne de lui et de souche royale. Le père, accueillant ces promesses, lui envoya sa fille comme il avait fait pour sa précédente avec de grandes richesses, car Galswinthe était plus âgée que Brunehilde. Lorsqu’elle fut arrivée chez le roi Chilpéric, elle fut accueillie avec beaucoup d’honneurs et associée à lui par le mariage. Il éprouvait aussi pour elle un grand amour, car elle avait apporté avec elle de grands trésors. Mais son amour pour Frédégonde qu’il avait eue auparavant comme femme provoqua entre eux un grand différent. Elle avait déjà été convertie à la foi catholique et ointe de chrême. Or comme elle se plaignait constamment au roi d’avoir à supporter des injures et de ne jouir auprès de lui d’aucune considération, elle demanda la permission de rentrer librement dans sa patrie en laissant les trésors qu’elle avait apportés avec elle. Le roi feignant de nier la chose, l’apaisa par de douces paroles. Finalement il la fit égorger par un esclave et on la trouva morte dans son lit. […] Quant au roi, après avoir pleuré la morte, il reprit après quelques jours Frédégonde qu’il épousa […].


57458339-copie-8.jpgAssassinat de Marat ou Charlotte Corday, Baudry, 1860


Cet Assassinat de Marat montre une Corday effarouchée comme une jeune Vierge, rêveuse peut-être. Regrette-t-elle son geste ? Baudry fixe au mur où elle s'appuie une carte de la France. Que signifie-t-elle? Peint en 1860, en plein Second Empire; ce tableau cherche surtout à ne vexer personne. On peut y voir Charlotte Corday comme le symbole de la France victime de la Terreur (d'où la carte), ou comme une pauvre écervelée irresponsable. Mais ce tableau est surtout un hommage de Baudry à David : car il s'agit bien de la même scène, dans un décor identique, avec les mêmes meubles (la petite caisse servant de table, la planche sur la baignoire recouverte d'un drap vert) mais vue sous un autre angle. Seul le couteau n'est pas le même. Et sur ce point Baudry a raison : le rapport de police parle d'un manche en ébène et non en ivoire. 

 

57458339-copie-2.jpg

Le meurtre, Cézanne , 1870

 

"Whisler, apercevant chez Vollard le portrait de Marie Cézanne disait : " si un enfant de dix ans avait dessiné cela sur son ardoise, sa mère, si c'est une bonne mère l'aurait fouétté!" (...)
"La peinture du jeune Cézanne était pétrie d'outrance, de violence et de maladresse agressive presque dépourvue de cette sensualité de pâte qui fait tolérer sinon aimer l'expressionnisme allemand ou de kooning. Ses caractères sont surtout négatifs : un besoin ressassé de déplaire, une agression sans objet, un grotesque sans humour, un érotisme sans plaisir. (…) C’est surtout dans les scènes de meurtre et d’érotisme que Cézanne est à la limite du tolérable. (…) Selon Vollard, Cézanne opposait la peinture “bien couillarde” (la sienne) et celle des “ottres”, de Corot par exemple. (…) Il déchargeait sa violence sexuelle dans sa peinture ; Schapiro a montré comment la nature morte fut le lieu de ce déplacement."


Les couilles de Cézanne, Jean-Claude Lebensztejn, Nouvelles Editions Séguier, 1995

 

57458339-copie-3.jpg

L'assassin menacé, René Magritte, 1927

 

Magritte, grand amateur de fantastique puise son inspiration dans les nouvelles d'Edgar Poe ou dans Fantômas. Il fait naître chez le spectateur des sentiments de malaise devant des situations étranges.L'angoisse est palpable dans son tableau L'Assassin menacé de 1927 où un meurtrier, après avoir assassiné une personne dans sa chambre, écoute la musique d'un phonographe, alors qu'à l'extérieur, des hommes l'attendent, prêts à le capturer.

 

57458339-copie-9.jpgHans Bellmer, la poupée, 1935


Exemple d'Art dit dégénéré.  Cette étiquette qu’apposait les nazis sur tout œuvres et artistes qui ne correspondaient pas aux critères de l’art décrété «officiel» par le régime.

À l'arrivée au pouvoir en Allemagne des nazis en 1933, Hans Bellmer décide de ne plus rien faire qui puisse être utile à l'État.  Il confectionne alors, en 1934, son œuvre la plus connue: La Poupée. Il dira à son sujet “ c'est une “créature artificielle aux multiples potentialités anatomiques”, par celle-ci Bellmer entend découvrir la “mécanique du désir” et démasquer “l'inconscient physique” qui nous gouverne; elle est enfantine, mais également victime de perversions sadiques; ainsi démembrée, violentée, violée, elle correspond au désir de l'artiste de voir la femme accéder “au niveau de sa vocation expérimentale.”

 

30181011689.jpgRêve d'une sadique (1922),Aquarelle et plume (50 x 40)


Otto Dix peint des femmes démembrées, les organes génitaux déchirés après avoir été violées. Tableaux maltraités, tailladés de grands coups de pinceau.

 

57458339-copie-10.jpgThe Golden years, Balthus, 1945


57458339-copie-4.jpg

 

57458339-copie-5.jpg

Big electric chair, Andy Wharol, 1963


Encre sérigraphique et peinture acrylique sur toile, 137,2x185,3 cm Paris, musée national d’art moderne. La chaise éléctrique dans l'attente d'une victime ... 

La peine de mort comme crime et Oui !

 

bbb-copie-11.jpgFace of a Woman, Joel Peter Wilkin, 2013

 

        Né à Brooklyn de père juif et de mère catholique, Witkin est témoin à l'age de six ans d'un accident de voiture prémonitoire de son univers photographique : la tête coupée d'une petite fille roule à ses pieds. Dès l'âge de 16 ans, Witkin prend en photo des monstres. Il étudie la sculpture et obtient une licence de beaux-arts en 1974. Après son installation à Albuquerque, il fait une thèse sur la photographie et enseigne à l'université.

Il commence à exposer en 1969. 

57458339.jpg

Tamman Azzam Bleeding Syria, 2012

 

        “L'artiste syrien, actuellement établi à Dubaï, a vécu les sept premiers mois de la révolution dans son pays natal. Après la perte de son atelier, l'artiste se concentre sur les médias numériques tout en faisant des clins d'œil à l'art urbain. Azzam doit sa renommée à une œuvre intitulée Freedom Graffiti (2012), qui reprend Le Baiser de Gustav Klimt en superposant cette évocation puissante de l'amour sur des murs criblés d'un bâtiment à Damas. Cette œuvre fait partie d'une série dans laquelle Azzam s'approprie des images empruntées aux chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art occidental qu'il insère dans des photographies de scènes de dévastation prises en Syrie. La série Bon Voyage est un ensemble de collages numériques qui mettent l'accent sur la fragilité des structures politiques tandis que dans Syrian Olympics, les anneaux entrelacés des Jeux olympiques font allusion à l'inaction de la communauté internationale. L'artiste adopte le pochoir, un style iconographique courant dans l'art urbain.”

 

3018101689_1_9_0Z0aL0Gj.jpg

Une oeuvre de l'artiste israélien Ori Melamed réalisée en janvier 2004 pour protester contre l'installation d'une plasticienne suédoise mettant en scène une kamikaze palestinienne lors d'une exposition à Stockholm. (AFP)

 

 

 

  


- http://www.lintermede.com/exposition-crime-et-chatiment-musee-d-orsay.php

To be continued ...
 
Partager cet article
Repost0
14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 10:46

Horaces.jpg

 

- Le Serment des Horaces peint par Jacques-Louis David (1748-1825)

- Huile sur toile monumentale 330cm / 425cm peinte de 1784 à 1785

- Peinture d'histoire exposée  au musée du Louvres à Paris

 

         Ce tableau illustre une scène Antique montrant un homme distibuant des épées à trois soldats.

                     Il s'agit des trois frères Horaces à qui leur père demande la chose suivante : "  Jurez moi que vous défendrez  Rome jusqu'à la mort.", il leur demande ainsi de protéger Rome des champions de la ville d'Elbe : les Curiaces.  Le seul victorieux fut l'un des trois frère, qui à son retour fut maudit pour avoir tué sa soeur qui se lamentait d'avoir perdu son époux albain de sa main. Il fut cependant gracié par le peuple. Bien que l'histoire apparaisse dans les écrits de Plutarque ou Tite-Live, David créa de toute pièce ce serment probablement emprunté à la confrérie des Franc-maçons dont il était membre. Liés par le mariage à leur soeurs respectives, le sacrifice des Horaces et des Curiaces exalte des vertus patriotiques. Le peintre oppose ici l'homme et son sens du devoir et de l'honneur à la femme représentante de la vie et du sentiment. Cette dernière est alors la reine du foyer, elle est une épouse fidèle mais son esprit et ses influences n'ont aucun poid en cette fin XVIII. Le mouvement Rococo qui se plaît à sublimer la chair et la grâce de manière hédoniste commence à devenir désuet et le néo-classicisme de David virilise l'Art.  Récompensé par le prix de Rome comme le sera plus tard son élève Ingres, il séjournera à Rome où il trouvera l'inspiration pour ses sujets antiques. Ainsi choisit-il de représenter l'instantanéité du serment.

 

                       Avec son Serment des Horaces, David rompt définitivement avec les valeurs académiques. Il brise ici les règles habituelles de composition en décentrant les sujets principaux. Sa composition sobre est cependant très recherchée et basée sur une trinité omniprésente. Ainsi les trois frères auxquels le père offre trois épées, et qui tourne le dos à trois femmes éplorées. On compte alors trois groupes de personnages s'inscrivant dans les trois arches de l'arrière-plan. La première association est composée des trois Horaces : les frère  sont positionnés de manière triangulaire. Ils évoquent la force, la stabilité et l'unité de leur groupe, mais aussi celle qui règne dans chacun deux. Au centre, se trouve le père qui, dans un mouvement de recul, distribue les armes. A droite les femmes forment elles aussi une pyramide mais sont dessinées en courbes tandis que les lignes masculines sont tendues. Si David les a réunies ici c'est pour accentuer la peine qu'elles ressentent et l'opposer au sens de l'honneur typiquement masculin.  Le maître a parfaitement respecté la règle des tiers, l'oeil se centre alors sur le "tiers-central" : les mains tendues des Horaces vers les glaives que leur offre leur père, le peintre choisit de mettre l'accent sur le serment prêté. La scène théâtralisée est très solennelle mais comme prise sur le vif. David a en effet choisit trois épées différentes pour souligner le caractère impromptu de la scène et son instantanéité. A l'instar Des Glaneuses de Millet, où les femmes sont placées sous la ligne d'horizon pour indiquer leur pauvreté, la ligne médiane distingue les hommes et leur patriotisme, ils aparaissent élevés, héroïques tandis que les femmes qui les désapprouvent et les subissent sont courbées sous la ligne. La construction de ce tableau évoque la stabilité mais par le fond d'arcades restées dans l'ombre David crée un arrière-plan suggérant d'insondables profondeurs. Les éléments architecturaux donnent un parfait équilibre à la scène qui se déroule dans une villa aristocratique, le dallage horizontale du sol et la verticalité des colonnes s'opposent et renforcent encore cette notion d'équilibre.

                       Les ombres portées révèlent que la lumière vient de gauche et éclaire donc en premier lieu les personnages masculins , cette lumière participe au caractère dramatique de la scène. "Elle est dite Caravagesque, violente, contrastée et instaure de fait un effet théâtral aux scène peintes : on peut la comparer à un projecteur braqué vers les personnages mis en valeur. De plus cette technique étant surtout utilisée dans des oeuvres à sujet religieux, elle confère au Serment des Horaces une dimension plus sacrée." Les couleurs divisent encore les groupes féminins et maculins, les hommes arborent des couleurs vives où le rouge, symbole de force, de virilité, de puissance et d'action, domine. les femmes quand à elles portent des vêtements de couleur  plus ternes évoquant leur langueur, leur tristesse et leur incapacité d'action.

 

                          Le Serment des Horace enchanta aussitôt le public, Diderot lui-même  consacra à l'oeuvre  un article élogieux. Ce tableau s'incrit comme le symbole du néo-classicisme dont David était le chef de file, ce mouvement artistique, sculptural et architectural s'étendit de 1750 à 1830 environ. Contrairement au romantiques les néo-classiques sacrifient la couleur pour la perfection de la ligne et  recherche un idéal en puisant  techniques et sujets chez les Classiques. Le Serment des Horaces devint quelques année après son exposition, le symbole de la Révolution française mais il est peu probable que David l'ait conçu comme un appel à la révolution.  Il permit en tous cas la consécration de David qui devint célèbre. Son admiration  pour Napoléon Ier lui vaudra sa plus grande composition :  Le sacre de Napoléon et aussi l'exil pour le titre de peintre de l'empire sous la Restauration. "Il fut l'un des artistes les plus admirés, enviés et honnis de son temps, autant pour ses engagements politiques que pour ses choix esthétiques. Par le passé, rarement un artiste a épousé à ce point les grandes causes en mêlant intimement art et politique."

 

Le Sacre de Napoléon

 

ben1_david_001f.jpg

 

 

Partager cet article
Repost0
13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 11:36

Ingre-_Grande_Odalisque-copie-1.jpg

 

- La Grande Odalisque peinte par Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)

- Nu de dimension moyenne 91cm / 162cm  peint en 1814 et exposé au Musée du Louvre à Paris

- Oeuvre de commande (1813)  par Caroline Murat, soeur de Napoléon Ier et reine de Naples, pour servir de pendant  à La Dormeuse de Naples acquise par son mari, à Rome, en 1809 et non payée à cause de la chute de l'empire mais livrée par Ingres en 1814

- exposée pour la première fois au salon de 1819, (Ingres l'y envoya depuis l'Italie)

 

 

                    Sous nos yeux s'allonge le corps d'une femme nue, une femme de harem désignée par le mot Odalisque du turc Odalik. Cette femme et le décor orientale qui l'entoure suggère un érotisme "Ingresque".

                     Ingres qui a bien connu l'Italie ne connaît rien des terres d'Orient qui ont le vent en poupe depuis les expéditions Napoléoniennes et le fameux journal de Lady Montague qui l'inspira grandement ;  il se plait pourtant à représenter un Orient onirique, où la femme fantasmée y est sensuelle et sensible aux jeux de l'amour contrairement à la femme occidentale qui même dans l'intimité ne dévoile pas sa nudité.  Ainsi expose-t-il son nu lascif aux yeux de ses contemporains. L'Odalisque nous regarde avec ce regard qui semble ivre d'amour et dans l'attente d'un regain de flamme. Il transparaît qu'elle vient juste de quitter un homme qui la satisfaite et en attendre un autre pour combler son insatiable appétit sexuel.

                   Ce corps lascif, qui s'étend sur toute la largeur du tableau, est pourtant abstrait, mais sa déformation est voulue par Ingres qui prèfère volontairement sacrifier la vraisemblance pour la beauté. Il a en effet ajouté trois vertèbres à ce dos offert, l'angle de sa jambe gauche est peu naturel, son sein ne devrait pas apparaitre autant et son bras est définitivement trop long. Ses jambes qui sortent du lit donnent un impression de flottement comme si elle n'était attachée à rien, elle va ainsi de lit en lit avec ses pieds purs dont la voute plantaire n'a pas été altérée par le peintre. Toutes ces imperfections ne font que renforcer l'attitude lascive de cette femme imaginaire. Ingres soumet son modèle à sa manière comme il le fit pour La Baigneuse de Valpinçon, toutes deux sont représentées de dos, selon l'archétype de l'époque. Cependant, elle pose sur le spectateur un regard ambigue, sans pudeur, elle a conscience qu'on l'observe et qu'elle nous rend l'oeuillade. Elle est soumise au bon vouloir de l'homme , et on y voit une langueur coutumière, sans surprise elle regarde les observateurs de sa nudité.

                      Bien que pour Ingres :" La ligne soit la maîtresse et la couleur sa servante", les effets de matière et les oppositions de couleurs sont ici travaillés à la perfection. La gamme chromatique choisie par le peintre est très forte, ainsi le bleu métallique du rideau de soie brodés de fleurs rouges et dorées occupe la partie droite du tableau tandis qu'à l'opposé on y trouve ses complémentaires orangées et lins. L'odalisque est étendue sur un tissus bleu ciel et se détache de la composition par son teint ambré. Les accessoires présent confèrent au tableau une ambiance orientalisante à mi-chemin entre la Chine et le Moyen-Orient. A ses pied un plateau avec fourneau et pipe servant probablement à s'ennivrer d'Opium,  drogue procurant rêves et lenteur ; comme une métaphore de la sensualité de la scène fantasmée. Elle porte un turban brodé qu'elle fait tenir grâce à une broche de perle, le chasse-mouche qu'elle tient est fait de plume de paon, oiseau qui symbolise l'Inde et au premier plan, à la naissance de ses fesses un collier assorti à la broche laisse imaginer qu'il a été enlevé à la hâte, enfin quelques bracelets entourent son poignet droit. Ces multiples accessoires renforcent encore la nudité de cette femme, par leur préciosité et mettent l'accent sur le corps, sujet sans cesse exploré par le maître

          Ingres comme son maître David remporta le prix de Rome et passa dix huit années en Italie où il se passionna pour les peintres de l'Antique comme Raphaël et plus généralement par le Quattrocento. Ingres amoureux de la ligne dira : "une chose bien dessinée est toujours assez bien peinte", il voue également un culte à la musique et au corps féminin, deux passions qui transparaitront toujours dans sa peinture. Dans La Grande Odalisque le peintre réuni toute ses caractéristiques : la perfection formelle, l'extrême minutie, la grande sensualité, les déformations anatomiques et son goût pour les formes géométriques. La pose de l'Odalisque rappelle un tableau de son mâtre David Madame de Récamier. Ce qui démontre la faible créativité de Ingres qui était avant tout un génial technicien. Ainsi retrouve ton dans son ultime tableau, Le Bain Turc, toute les figures qu'il avait déjà travaillé. La Grande Odalisque est une oeuvre de jeunesse, et à cette période Ingres est plutôt mal compris et considéré comme un novateur, La Grande Odalisque sera d'ailleur mal accueillie lors de son exposition au salon de 1819. De opar sa formation académique Ingres était porté à peindre et à dessiner des nus avec exactitude (il fit d'ailleur de nombreuses études préparatoires de nus pour la plupart de ses tableaux, y compris les portrait). Mais dans ses nus l se consacrait davantage à des recherches purement formelles, souvent incomprises de ses contemporains, sans se soucier du rendu réaliste d'une anatomie. Toute sa vie Ingres fera de nombres reprises et les réinterprétations d'une m^me figure (au moins six tableaux pour La Grand Odalisque). On l'a souvent opposé à ses contemporains plus jeunes, les romatiques Delacroix et Géricault, il n'en reste pas moins novateur. L'audace suprême résidait peut-être dans le fait m^me de présenter au Salon de 1819, et dans un tel format, un nu féminin dénué de tout prétexte mythologique ou historique.

 


  Madame de Récamier, David

  david-Madame-de-Recamier.jpg

Partager cet article
Repost0
10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 14:05

radeau.jpg

 

- Le Radeau de la Méduse est peint par Théodore Géricault (1781-1824)

- Peinture à l'huile, toile sur bois peinte en 1818-1819

- Oeuvre monumentale de 491cm / 716cm exposée au Musée du Louvres à Paris

- Peinture d'Histoire exposée au Salon de 1819

 

 

               Géricault illustre ici le naufrage de la frégate nommée la Méduse due à l'incompétence de son capitaine. Un évènement qui marqua les esprits de l'époque et dont la presse s'empara avec avidité. Les naufragés construisent un radeau à l'aide de la carcasse du navire, sur cent quarante sept occupants, seuls dix survivront , et  dériveront pendant douze jours avec très peu de vivres et d'eau, on a même rapporté que des lambeaux de chair humaine était restés accrochés aux cordages où on les avaient fait sécher.

                   La critique vit un message politique dans ce tableau, alors que Géricault puisa sa force dans le drame personnel qu'il vivait.  Il venait, en effet, d'engrosser la femme d'un de ses oncle et on avait abandonné l'enfant adultérin, on dit que Géricault aurait vécu cloitré dans son atelier et que son radeau lui aurait servit d'exutoire à sa lâcheté. Géricault était alors en faveur des Bourbons et aurait aimé vendre son tableau à Louis XVIII, mais comme on y vit une provocation, un dédain pour la marine nationale, on bouda l'oeuvre et elle fit surtout scandale auprès du public. Très documentés, Géricault assista au procès, lu tout ce que l'on pouvait trouvé au sujet du naufrage, rencontra le chapentier du radeau qui lui confectionna une maquette et alla même jusqu'à amener jusqu'à son atelier des morceaux de cadavres pour perfectionner la couleur de la carnation de ses personnages. Il loua pour son travail un immense atelier dans lequel il reproduisit le radeau pour un réalisme plus cru.  Dans son humilité et son insatisfaction permanente, Géricault dira au sujet de son radeau : "De la grande peinture cela ! Mais c'est un tableau de chevalet."

         Il choisit pourtant de représenter l'instant qui suivit le naufrage et le moment de la dérive, sujet d'apparence moins spectaculaire mais qui le devint par la manière dont il le traita. La monumentalité de son tableau et sa composition complexe lui confère un certain gigantisme. Cette oeuvre monumentale est génialement composée, deux pyramides guident l'oeil du spectateurs dont le faîte de l'une n'est autre que le mât de fortune et l'autre l'homme noir qui secoue son morceau de tissu. l'oeuvre extrêmement sculpturale se découpe en deux triangles clair-obscur. Une diagonale est tendue depuis le premier corps jusqu'à l'angle du tableau. Au loin quelques petits millimètres laisse entr'apercevoir un navire. Géricault a volontairement choisi un plan très rapproché qui donne au spectateur l'impression qu'il peut monter à bord. Au premier plan, des corps morts se noient, puis un homme assis, laissant reposé sa tête sur sa main semble résigné et songe probablement à la vaste comédie humaine, aux vicissitudes de la vie et à la mort. L'homme noir qui agite son morceau de tissu est au sommet de la pyramide et bien qu'il représente le plus bas de l'échelle sociale, c'est lui qui sauvera l'équipage. Au-delà du fort symbole montrant que les peuples occidentaux aurait perdu cette pulsion de vie des peuples "sauvages", Géricault réalise un plaidoyer pour "l'homme sauvage", "le noir", le "non civilisé". L'entassement des corps qui montre la promiscuité forcée est une puissante métaphore illustrant le fait qu'il sont tous égaux et embarqués sur "le même bateau". On imagine aisément que le radeau de la Méduse venait d'Afrique du Nord, rapportant des esclaves. Lorsque Géricault livra son tableau et le vit pour la première fois hors de son atelier, il découvrit quelques défauts formels. Avec une célérité remarquable, il aurait alors ajouter un cadavre à gauche et un autre en bas à droite. Il avait ainsi, avec ces deux nouveaux cadavres, élargi la base de sa pyramide humaine, stabilisé sa composition et renforcé le caractère monumental du tableau.

          C'est le bitume dont se servira Géricault en sous-couche qui donnera cette teinte sombre au tableau, il utilisera également du vernis mélangé à d'autres produits qui lui conféreront cet aspect doré. Tout ces procédés font que le tableau est aujourd'hui bien plus sombre que lors de sa conception.

          Géricault travailla très longtemps à cette oeuvre, et multiplia les croquis et oeuvres préparatoires, sur certaines d'entre-elles il avait même représenté le cannibalisme que durent pratiquer les naufragés pour survivre puis abandonna l'idée jugée trop choquante. Peintre, sculpteur, graveur on reprocha souvent à Géricault ses lignes imparfaites, il réalisit pourtant avec Le Radeau de la Méduse une prouesse sculpturale avec le galbe impeccable des agonisants, leur expressivité gestuelle et son éclairage Caravagesque. Lui qui à vingt sept ans ne désirait qu'une chose : devenir célèbre, créa une allégorie pathétique de la souffrance humaine. Lui, le romantique, devint le précurseur du réalisme par son refus du détail et sa recherche de l'instantanéité. Depuis ce tableau jusqu'à Manet personne ne donnera ainsi une telle impression de mouvement et de vitesse. Domaine auquel il s'attela durant toute sa courte carrière en peignant ses fameux chevaux qui finirent par le tuer. 

 


 

 

Partager cet article
Repost0
10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 10:50

0107-0093_die_freiheit_fuehrt_das_volk_an.jpg

 

- La Liberté guidant le peuple par Eugène Delacroix (1798-1863)

- Huile sur toile de grande dimension  :  260cm / 325cm, peinte en 1830

- Présentée au Salon de Paris en 1831, l'oeuvre est transférée du musée du Luxembourg au musée du Louvres, à Paris en 1874

- Elle est exposée depuis 2012 au Louvres-Lens

- Peinture d'Histoire contemporaine du maître


                 L'oeuvre assez imposante représente une scène de barricades pendant la révolution des Trois Glorieuses . Une déesse antique, les seins nus, trône au centre du tableau portant au ciel le drapeau tricolore tandis que des cadavres s'amoncellent et que le peuple parisien l'entoure.

        Les 27, 28, 29 juillet 1830, Paris est prise par une insurrection populaire, s'opposant à la restauration de l'ancien régime par Charles X qui décide de passer outre à la charte édictée par les Bourbons, se proclamant ainsi monarque absolu. Pour expliquer ce tableau controversé, Delacroix écrira :"Si je n'ai pas triomphé pour la patrie, au moins, je peindrai pour elle." Le peintre qui avait tièdement participé à la révolte se représente dans le personnage de l'homme coiffé d'un haut-de-forme. La toile est un singulier mélange de réalisme et de propagande, de rhétorique et d'observation journalistique. Par son aspect allégorique et politique, La Liberté guidant le peuple devient symbole de la démocratie et de la République.

       Au premier plan s'amoncellent les cadavres de l'armée de Charles X. Marchant dessus, le personnage central féminin attire tous les regards. La personnification de la Liberté emprunte autant à la statuaire antique _ drapés, pieds nus, poitrine offerte_ qu'aux représentations de la femme du peuple à la lourde musculature et à la peau hâlée. Heinrich Heine dira à son propos : " une douleur impudente se lit dans ses traits, au total bizarre mélange de Phyrnée, de poissarde et de déesse de la liberté." Elle tient un fusil dans sa main gauche, brandit le drapeau tricolore et porte le bonnet phrygien symbole de la révolution de 1789. La Liberté rassemble autour d'elle toute les catégories sociales et par ce fait accroît encore l'idée qu'elle représente. A droite, l'adolescent au beret, la bouche ouverte sur un cri et tenant deux pistolets visiblement trop lourds pour lui semble avoir inspiré à Victor Hugo le personnage de Gavroche dans ses Misérables écrit en 1862. Un autre enfant portant le bonnet d'un policier s'accroche aux barricades. Comme je l'ai dit plus haut l'homme en haut-de-forme n'est autre que le peintre lui même, qui s'est représenté portant culotte et ceinture d'ouvrier, à sa droite un homme du peuple, certainement un des nombreux ouvriers typographes qui furent les premiers à monter sur les barricades. On distingue également le bicorne d'un polytechnicien. En somme tous se battent ensemble pour la liberté. La composition pyramidale de l'oeuvre lui confère un dynamisme vertigineux et rappelle le fameux Radeau de la Méduse de Gericault peint en 1818. En effet le fusil que tient le personnage en haut-de-forme rejoint la ligne de la hampe du drapeau qui rejoint le pistolet que tient l'adolescent dans la main gauche comme le mât ou le personnage au foulard dans le Radeau de la Méduse. La Liberté qui constitue le faîte de la pyramide  emporte avec elle les insurgés. Au dernier plan, émerge Notre Dame des fumées de la bataille. 

         Bleu, blanc, rouge : au centre du tableau, le drapeau français domine la mêlée. On le voit aussi à l'arrière-plan, un emblème improvisé fait de trois morceaux de tissus liés ensemble et qui flottent au vent. On retrouve même les trois couleurs dans les vêtements du blessé qui lève les yeux vers la Liberté. l'ocre de la robe de la Liberté se confond avec le ciel qui semble en feu. Les figures apparaissent sombres presqu'en clair-obscur mais la Liberté de pied tournant le dos à la lumière du ciel illumine le tout.

         Quand Delacroix livre La Liberté guidant le peuple, il est reconnu comme le chef de file de l'école romantique française. Il rejette l'idéal classique et les canons de l'Art académique de son temps. Réalisée à partir d'esquisses dès septembre 1830, il dira à son sujet :" J'ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins, je peindrai pour elle." L'artiste témoigne ici de la ferveur romantique qui lui fait traduire les évènements révolutionnaires dont il est contemporain. La Liberté guidant le peuple est une oeuvre de jeunesse qui par sa force demeure encore un symbole de liberté. Passionnés par l'Orient, alors en vogue depuis les expéditions d'Egypte mené par Napoléon, le style de Delacroix subit un changement profond, à la suite d'un voyage en Espagne et au Maroc : la connaissance de la peinture de Goya et l'expérience de l'Afrique donnent à sa peinture une intensité dramatique et un dynamisme encore plus marqué, où transparait un érotisme vibrant.Il peindra la Mort de Sardanapale (1827-1828) puis les Femmes d'Alger dans leur appartement (1834). Son oeuvre extrêmement prolifique témoigne d'une grande maîtrise de la couleur et d'un certain gôut pour les sujets inhabituels. Toutes ses oeuvres témoignent de la complète maîtrise d'une extraordinaire gamme de solutions de composition. Delacroix deviendra u personnage essentiel du monde culturel et littéraire avec des écrivains comme Dumas, Baudelaire et sera enfin nommé peintre officiel du second empire. Je terminerai par ces mot du maître :

"Le premier mérite d'un tableau et d'être une fête pour l'oeil."

 

 

 


 

 

Partager cet article
Repost0
9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 16:10

jab1_millet_001f.jpg

 

- Des Glaneuses par Jean-François Millet ( 1814-1875 )

- Huile sur toile de taille moyenne, 82,3cm  /  111cm peinte en 1857

- Scène de genre exposée au musée d'Orsay à Paris et présentée la même année au Salon

 

 

          Ce tableau représente une scène rurale montrant trois glaneuses au travail.

          Outre que Millet provoque l'académisme en choisissant trois paysannes comme héroines, il s'engage politiquement en illustrant un labeur légal, celui du droit de glanage, un droit d'usage sur les productions agricoles mis en place dès le Moyen-âge et qui subsiste encore aujourd'hui. Ce gagne-pain, mal considéré est menacé à l'époque où Millet peint ce tableau. C'est pourtant un sujet d'actualité, Balzac lui-même dans Les Paysans évoquera le sujet avec son régisseur le comte de Moncornet qui conteste le droit de glaner, et Jules Breton lui donnera la réplique avec le rappel des glaneuses en 1859. Selon Gombrich "Il est étrange qu'on ait pu voir là quelque chose de révolutionnaire, mais dans l'art du passé les paysans étaient généralement considérés comme des rustres comiques, tels que les avait peints Bruegel". En effet les Glaneuses ne comportent aucun incident dramatique ou anecdotique. Ce sont tout simplement trois femmes qui travaillent dur dans un champs où la moisson vient d'être faite. Sans misérabilisme, Millet s'est attaché à figurer la morale simple et forte de la vie paysanne, opposée à l'immoralité générale et profane de la ville.

         Au premier plan Millet expose la misère tandis que l'abondance est reléguée à l'arrière plan, Ainsi se place-t-il du côté de la simplicité, du côté de la nature. Une composition dynamique nous présente trois paysannes aux gestes lents et pesants et trois étapes de travail. Millet s'est appliqué à souligner leur charpente trapue et robuste, leur peau tannée. Presque cinématographique, la composition montre en découpant la scène en trois étapes son instantanéité. Si l'on part de la gauche, on peut voir que la glaneuse  a repéré un épi à ramasser, sa voisine encore plus courbée s'apprête à ramasser le sien tandis que la troisième debout mais voûtée joint son épi à sa gerbe. Ces femmes dont on ne voit pas le visage ne semble ni belles ni gracieuses. Rien n'est idyllique dans ce tableau, elles sont juste absorbée par leur dur labeur. Au second plan trois meules abondantes que l'on charge peu à peu dans des charrettes à traction animale s'opposent à la maigreur de leur gerbe et à la difficulté de récolter les restes. Au dernier plan, on distingue les gens de ferme récoltant à genoux , puis deux femmes debout portant de lourdes gerbes, le contre-maître."veillant au grain". Encore plus loin Millet à représenté la ferme, le domaine, certainement les greniers où sera entreposée la récolte. " les glaneuses se détachent fortement sur le fond clair de la plaine ensoleillée. Millet a su donner à ses paysannes une dignité plus authentique que celle de tant de héros académiques. Cette impression d'équilibre tranquille est obtenue par une composition .dont le caractère fortuit n'est qu'apparent. Il y a, dans le geste une sorte d'équilibre monumental, et qui exprime bien ce que la peinture a vu de solennel dans le travail de la moisson."

         Un ocre doré emplit le tableau tandis que des couleurs passées mais vives habillent les femmes. Elles ne portent pas de haillons, les tissus semblent de bonne facture mais ne sont pas précieux, elle portent des vêtements de travail, pratiques et solides et chacune arbore un fichu de couleur différente. Ceci accentue fortement la dynamique picturale du tableau. Pour parfaire le tout, dans le ciel, Millet a pris soin de représenter une nuée d'oiseaux s'apprétant, à l'instar des glaneuses à picorer les restes.

         Alors que la peinture académique s'appliquant à représenter de nobles héros n'est pas encore morte; Millet et d'autres artistes se réunissent à Barbizon, dans la forêt de Fontainebleau pour y interroger la nature d'un oeil neuf. Millet s'attache alors à envisager la figure comme ses amis envisageaient le paysage. C'est Gustave Courbet qui baptisera alors le courant naissant : le réalisme en intitulant du même nom l'exposition qu'il fit dans une baraque à Paris en 1855. Depuis son Vanneur exposé au salon de 1848 et son installation à Barbizon en 1849, Millet explorera les scènes de la vie paysanne avec une vision poétique, suivront L'Angélus (1859) , La tondeuse de moutons (1851) et La Bergère (1864), des peintures qu'il classe dans l'influence du courant réaliste, glorifiant l'esthétique de la paysannerie.Peu à peu il délaisse les seules scènes de travail paysan pour s'intéresser davantage aux ambiances, aux paysages. Alors que les Prussiens envahissent la France, Millet revient avec sa famille à Cherbourg, en 1870 durant un an et demi, avant de revenir à Barbizon. A cette époque il travaille davantage les jeux de lumière, la pénombre et le clair-obscur, signant un travail annonciateur de l'impressionnisme, à travers les tableaux de L'Église de Gréville, Le prieuré de Vauville ou du Bateau de pêche, et même proche du cubisme, avec Le Rocher du Castel.

         Je terminerai par ces mots de Millet :


"C'est le côté humain franchement humain qui me touche." 

 

Jules Romain, Le Rappel des glaneuses, 1859  

    

tumblr_m6uvcsVCha1qiy6rqo1_1280.jpg

 

L'Eglise de Gréville, Millet (1871-1874)

 

101040238.9E9nzTYu.MuseeDOrsayJul06805.jpg

 

Le Rocher du Castel Vendon, Jean-François Millet, (1848)

 

300119_232122796846827_1068106833_n.jpg

 

 

 


 

 

Partager cet article
Repost0
8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 16:15

SABINES

 

Les Sabines  par Jacques-Louis Davis (1748-1825)

- Huile sur toile, format gigantesque de : 385cm / 522cm, huile sur toile

- Peinture d'histoire exposée au musée du Louvres à Paris

 

          David représente ici une scène d'armistice, celle inspirée par Plutarque alors que les Sabines tentent d'établir la paix entre Romains et Sabins.

Cet épisode date de la fondation de Rome soit en 753 avant J.C. Les romains manquaient de femme pour peupler leur cité, les sabines voisines, réputées très belles, se voient alors enlevées par eux. Deux années plus tard, les sabins veulent reconquérirent leurs femmes. Contrairement à Poussin qui avait réalisé L'enlèvement des Sabines, c'est ce moment précis que David a choisi d'illustrer, le moment de suspence, l'instant fatidique où Hersilie, épouse de Romulus, à droite, et fille de Tatius, à gauche, tente de réconcilier les deux peuples. David voulait ainsi prôner la réconciliation des français après la révolution.

          Hersilie, le personnage central s'interpose entre Tatius et Romulus, elle découpe ainsi le tableau en deux, son bras gauche sépare en effet les Romains des Sabins. Presque toute la lumière est concentrée sur celle qui dénouera l'histoire. La composition dynamique, quasi vertigineuse de ce tableau donne au spectateur une impression de vive théâtralité, une architecture sculpturale. Une ligne horizontale découpe la foule de l'arrière-plan, ce dernier  qui nous apparaît d'abord paisible, s'il l'on y regarde de plus près est agité comme une cité en proie aux flammes. David réalise l'essence de l'Art recomposant une fiction basée sur des faits réels. Il entend faire des nus mais avec une certaine pudeur, à la manière Antique. Ainsi le sexe de Tatius est-il caché par son fourreau lui même métaphore implicite du sexe féminin, la lance que Romulus dirige vers Tatius est-elle aussi explicite. Le personnage, soldat des romains à l'extrême droite du tableau, abandonne le champs de bataille rangeant son épée au fourreau. Les femmes qui à la hâte se sont mêlées à la bataille, sont dénudée ou à peine apprêtées. Quand aux hommes ils ne sont protégés que par leur boucliers, armures ou étoles.

           Hersilie, comme je l'ai dit plus haut, figure au centre, à son dos une femme monte sur un petit pilier, soulève son enfant et le montre aux Romains pour leur annoncer que par cette naissance la réconciliation a eut lieu deux ans plus tôt. Une autre vêtue de rouge et portant une couronne de fleur s'agrippe à la jambe de Tatius en signe de supplication. Au pied de Romulus, une femme dévoilant ses seins nus présente sa progéniture et annonce ainsi que les peuples seront à jamais liés par le sang. Une foule de femmes scinde ainsi les armées Romaines et Sabines. Le blanc de la robe d'Hersilie et les touches de couleur vives sur les vêtements des femmes accentuent leur prochaine victoire.

            Le style de David de plus en plus simple et pur s'inspire de l'Antiquité Grecque, il atteint ainsi son objectif : "Je veux faire du Grec pur, je veux ramener l'Art aux principes grecs, je veux  remonter aux grecs."

 

            Suite à la chute de Robespierre, David sera emprisonné en tant qu'activiste politique, il en profitera pour lire les auteurs Antiques et réagiera à la révolution en peignant les Sabines. Ce tableau et celui du Serment des Horace s'inscrivent comme les symboles du néo-classicisme européen, mouvement qui s'étend environ de 1750 à 1830 et qui sacrifiera la couleur pour privilégier la ligne. Les néo-classiques préconisent un retour à la simplicité de l'Antique après le baroque et la frivolité du roccoco des années précedente.  On sait que David avait déjà tenté avec Saint Roch intercédant auprès de la Vierge pour la guérison des pestiférés en 1780 d'échapper au roccoco et au religieux alors ambiant sans grand succés mais que Diderot l'avait salué pour ces deux oeuvres, le serments des Horace et les Sabines. Ingres, amoureux de la ligne, le prendra pour modèle.

          Enfin David signe avec ce tableau magistral une oeuvre révolutionnaire intemporelle. David deviendra par la suite peintre officiel à la cours de Napoléon.

 

L'enlèvement des Sabines par Nicolas Poussin

 

SABINES-copie-1.jpg

 


Partager cet article
Repost0
25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 16:04

The-Turkish-Bath.JPG

 

    Jean-Auguste-Dominique Ingres né le 29 août  1780 à Montauban et mort le 14 janvier 1867 à Paris ébauche  Le bain Turc vers 1852 et le terminera en 1859.  Tableau rectangulaire à l’origine, ce n'est qu’en 1863 que le peintre lui donne la forme d’un tondo.
 Cette peinture ne fut révélée finalement au grand public qu'en 1905 lors de la Rétrospective Ingres au Salon d'automne. Elle est enfin timidement acheté par le Louvre en 1911 grâce au concours du mécène Maurice Fenaille.
Il s'agit d'une huile sur bois découpée en un tondo de 108 cm sur 108 cm.
C'est une scène de genre imaginée  par l'artiste qui s'est inspiré des lettres de Lady Montague racontant son séjour Ottoman.

    Le bain Turc présente une foule de femmes nues dans un harem. Le peintre, qui ne mit jamais le pied en Orient s'inspira des Lettres d'Orient de Lady Montague et s'enticha d'orientalisme comme nombre de ses contemporains. L'artiste  n'eut besoin d'aucun modèle mais se reporta au croquis et tableaux collectionnés au fil des années. C'est ainsi qu'elle sont toute rassemblées une ultime fois dans son bain turc :  la baigneuse de Valpinçon au premier plan, la figure de la source  ici en danseuse, elle est par ailleurs la seule femme représentée de pied ; la première épouse de Ingres voisine sa seconde femme tandis que celle qui se fait coiffer n'est autre que sa cousine Adèle de Lauréal dont il était secrètement amoureux, à droite de la danseuse on retrouve également Madame de Moitessier. Toutes les femmes dont il avait rêvé figurent ici dans des poses lascives et suggestives. Sans cesse il les avait dessinées et peintes, la plupart du temps seules, sur un lit de repos, ou en nu féminin de dos, assises sur le bord d'un bassin : Témoignage du grand plaisir que l'artiste prit toute sa vie au corps nu féminin. Il les représente avec leur carnation propre, ambrée, noire ou laiteuse.
    Le Bain turc illustre parfaitement les propos de Lady Mary de Montague dans la Description du bains des femme d'Andrinople : « De belles femmes nues dans des poses diverses...les unes conversant , les autres à leur ouvrage, d'autre encore buvant du café ou dégustant un sorbet, et beaucoup étendue nonchalamment, tandis que leurs esclaves (en générale de ravissantes filles de dix-sept ou dix-huit ans) s'occupaient à natter leur chevelure avec fantaisie » . Ce tableau est un éloge aux passions de Ingres : la peinture, la femme et la musique. Des dizaines de femmes turques nues sont assises dans des attitudes variées sur des sofas, dans un intérieur oriental s'organisant autour d'un bassin. Beaucoup de ces baigneuses juste sorties de l'eau s'étirent ou s'assoupissent. D'autres papotent, prennent du café.,, Il est relativement aisé d'imaginer la musique qui règne dans le bain turc : l'odalisque qui joue du luth impose son rythme et les castagnettes de la danseuse s'y accordent. La volonté d'Ingres est d'emmener le spectateur jusqu'à ressentir l'ambiance musicale. Comment rendre visuellement cette musique orientale, envoûtante ? Ingres a recours à un système d'ondes concentriques : diffusion d'une onde rythmique et mélodique.
    Cette composition assemble les figures en deux groupes principaux dans un espace profond mais indéfini. Dans le groupe du premier plan règne le jeu des arabesques aux dépens de l'exactitude anatomique et de l'effet de profondeur. Cependant une grande harmonie se dégage de la composition. Il a aussi donné une lumière froide et tamisée à sa toile, ce qui atténue le modelé des figures et contribue à laisser prédominer la ligne.  Pour Ingres, la ligne était « reine », la couleur sa servante. La pureté des formes et l'harmonie restèrent ses principes directeurs. Si aucun désordre, aucune agitation ne règnent dans le Bain turc malgré l'abondance des corps, c'est parce que le peintre a suivi la règle du « nombre d'or » héritée de l'Antiquité. Son tableau s'orchestre selon un schéma rigoureusement géométrique. De forme rectangulaire à l'origine, ce n'est qu'à, la fin, en 1863, que le peintre lui donnera sa forme ronde et qu'il en fit un « médaillon ».  Ingres dû mûrement penser son format afin que le spectateur se sente un peu voyeur comme s'il observait à travers la lorgnette d'un judas. Tandis que Lady Montagu rapporte que les hammams d'Andrinople  étaient strictement interdit aux homme sous peine de mort , Ingres et ses contemporains ne connaissent les bains communs qu'à travers les auteurs classiques. Dans une étude réalisée par Ingres pour  l'Apothéose d'Homère , une déesse de la Victoire pose sur la tête du poète une couronne de lauriers ; dans le bain turc, l’œuvre de vieillesse, on retrouve son profil et la pureté classique de la ligne des épaules, la jeune fille tenant cette fois-ci un encensoir ou un flacon de parfum : ceci illustre le caractère interchangeable du monde d'Homère et de la Turquie du XIXème siècle. Le système chromatique, lui aussi, construit la perception par divers jeux spatiaux.
Dans sa bordure d'or, qui se reflète sur les peaux et dans les bijoux et chevelures, la peinture apparaît comme une pierre précieuse. Le bleu entoure les femmes du premier plan : nature morte, coussin,drapés. La jarre au loin fait écho aux pots du premier plan. Le rouge, sensuel et ardent, habille et fait valoir l'éclat nacré des nus. La fusion de ces trois couleurs, additionnée de blanc, va constituer l'ambiance grise et mystérieuse qui baigne la scène. Ingres a fait le choix d’accentuer la luminosité sur la femme qui nous tourne le dos. Les quatre femmes très blanches sont aussi illuminées, mais différemment. Le reste du tableau est plus sombre.

    Sous la restauration et le second empire Ingres jouissait d'une réputation de portraitiste auprès des riches et des puissants. Pourtant Ingres voulait se consacrer à l'Art « grand et noble » et jugeait les portrait comme étant indigne de lui. C'est un vieillard qui a peint cet assemblée de jeunes femmes nues. Non sans fierté, Jean-Auguste-Dominique Ingres né en 1780, indique en effet sur son tableau « AETATIS LXXXII », « à l'âge de quatre-vingt deux ans ». quelques années avant sa mort, il ressentait encore selon ses propres dires, « tout le feu d'un homme de trente ans ». Immensément érotique le tableau ne provoqua pas de scandale — contrairement au Déjeuner sur l'herbe  ou à l'Olympia de Manet (1863) car il demeura longtemps dans des collections privées. Mais avec son assemblée de nus, le Bain turc était avant tout une œuvre choquante, tout du moins pour l'époque. Le premier acheteur du tableau — un parent de Napoléon III — le rendit au bout de quelques jours, sa femme le trouvant « peu convenable ». Il est finalement acheté en 1865 par Khalil Bey, un ancien diplomate turc. Ce dernier l’ajouta à sa collection de peintures érotiques, qui contenait notamment L'Origine du monde de Courbet. Pourtant la scène orientale fut rejetée pendant longtemps encore. Au début du siècle lorsque des amateurs d'Art voulurent offrir le Bain turc au Louvre, le conseil du musée déclina l'offre par deux fois. Finalement, ce n'est qu'en 1911, alors que les collections nationales des musées de Munich envisageaient d'acheter le tableau, que le Louvre se décida quand m^me à accepter le chef d’œuvre mal-aimé. Ce tableau ne laissa cependant personne de glace en effet il suscita autant la fascination, par exemple chez Picasso qui reprendra la petite nature morte du premier plan dans ses Demoiselles d'Avignon ou Man Ray qui encrera 2 ouïes sur un nu photographié à la manière de Ingres, que la répulsion. Paul Claudel voyait dans Le Bain turc "une galette d'asticots". L’œuvre se situe dans le courant pictural romantique et néo-classique et s'inscrit dans l'orientalisme alors en vogue. On songe alors à Delacroix et à ses  femmes d'Alger dans leurs appartement, ce même Delacroix qui après voir visité un harem algérien, s'extasia : « un instant de bonheur et d'étrange fascination … Voici la femme comme je l'imagine : non plus jetée dans la vie mais retirée au cœur de celle-ci, là où elle s'accomplit avec le plus de secret, de volupté et d 'émotion ».
Le Bain turc conclue l’œuvre de Ingres y rassemblant toutes les figures qu'ils avait déjà peintes ou bien celle qu'il avait admirée contemplant sa collection de gravure. A la fin de sa vie Ingres crée la toile la oplus érotique de son oeuvre avec cette scène de harem associant le thème du nu et celui de l'Orient. Son œuvre ultime sera son chef d’œuvre et transpire encore l'érotisme.

 

L'Apothéose d'Homère
1827-Ingres-Le-couronnement-d-Homere--Huile-sur-Toile--386x.jpg
Les Demoiselles d'Avignon , par Pablo Picasso
les_demoiselles_davignon.jpg
Partager cet article
Repost0

Visage De L'invisible

  • : Biz'Art
  • : " Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal
  • Contact

Déracinés ...

imagesCAZKQ4OQ   " La lisière est belle , s'était toujours entendu dire la jeune fille par ses parents, nous avons bien de la chance  de pouvoir admirer la forêt de nos fenêtres mais, point trop n'en faut. Notre vraie vie se déroule dans les prés, les villes, et villages, les églises et écoles, tous ces lieux harmonieusement disposés et cartésiennement surveillés par les diverses instances de l'ordre social, économique, religieux, et politique."                   

Nancy Huston   femme-arbre2

  "Il y a deux sortes d'arbres : les hêtres et les non-hêtre."

 Raymond Queneau

chaignon li rose

" L'harmonie fut ma mère dans la chanson des arbres et c'est parmi les fleurs que j'ai appris à aimer."

 Friedrich Hölderlin

imagesCAL7CPWN

"C'est l'hiver, les arbres sont en bois"  

Jules Renard  

Krishnamurti

  "La beauté inclut évidemment la beauté de la forme; mais sans la beauté intérieure, la simple appréciation sensuelle de cette beauté de la forme mène à la dégradation, à la désintégration. Il n'est de beauté intérieure que lorsqu'on éprouve un amour véritable pour les gens et les choses qui peuplent la terre, cet amour s'accompagne d'un très haut degrè de considération, de prévenance et de patience."

 

kris

" Cette terre est la nôtre, elle n'appartient ni aux communistes, ni ni aux socialistes, ni aux capitalistes; elle est à vous et à moi, prête à nous offrir une vie riche, heureuse, sans conflit. Mais ce sentiment de la richesse de la vie, ce sentiment de bonheur, ce sentiment qui nous souffle : "Cette terre est à nous", ne peut être suscité par la coercition ou par la loi. Il ne peut venir que de l'intérieur, parce que nous aimons la terre et tout ce qui l'habite : voilà ce qu'est cet état de perpétuel apprentissage."

HaïKuS eStAmPéS

geisha-en-rose-001 1232031722 thumbnail

Jupe virevoltante

et chignon haut placé

 

Je l'ai vu passé

rue de la Gaîté

 

belle

         belle

                  belle

à pleurer

 

Givaudan

estampe japonaise 1

Orchidée du soir

cachant dans son parfum

le blanc de sa fleur

Buson

imagesCAN6RQ19 

Ni sourire

ni larmes

dans cet hibiscus

Ransetsu

Shiro%20Kasamatsu%20Soir%20brumeux%20%20sur%20l%20etang%20d 

Rampant sur le sol

de la maison déserte

un volubilis

Shiki

imagesCAP8OF52 

Sur un tas d'ordures

un volubilis a fleuri -

tardifd'automne

Taigi

hokusai1big 

Visite au cimetière

le plus jeune enfant

porte le balai

Issa

imagesCAYY0J2S

Descendant du champs

ruisselant sur eux

l'eau de l'automne

Buson

BULLE NEIGE 

Sous la lune voilée

les fleurs de Kaido

sommeillent

Kikaku

imagesCAYIIYKH 

Si rudement tombe

sur les oeillets

l'averse d'été

Sampû

PONT HIROSHIGE 

Averse d'été -

les moineaux du village

s'accrochent aux herbes

Buson

estampe 

Même au fond des puits

on peut voir les étoiles

Givaudan

imagesCAMGE2VO

ROUGE

DREAMSELLER by notmystyle 

Ocre rouge, rouge rubis, vermillon, cramoisi, pourpre, sang, carmin, écarlate, lie de vin ... Les nombreux mythes qui évoquent la genèse de la Terre la décrivent de couleur rouge. La science a mis en évidence que le pigment le plus répandu à la surface du globe est l'oxyde de fer qui devient rouge dès qu'il s'altère. Il est donc très probable que le premier continent fut effectivement rouge à l'aube de son Histoire...  

  plagerouge en Chine

La plage rouge de la province de Liaoning en Chine. Les algues de ce marais d'eau salée rougeoient nos mois d'été...

 

Rouge

le rouge de Zao Wou Ki

 

 

l'iris est un coeur...

" Chaque fois qu'un enfant dit : "je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt"  

James Matthew Barrie Peter Pan

 

  Fairies Looking Through A Gothic Arch, John Anster Fitzerald 


"Fées répandez partout la rosée sacrée des champs " 

William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été 

Spirit-of-the-Night--1879

Spirit of the Night, John Atkinson Grimshaw

 

"La bonne grâce est le vrai don des fées; sans elles on ne peut rien, avec elle on peut tout."

Charles Perrault, Cendrillon  

Les_anemones_1891-copie-1.JPG

Les anémones, Maurice Denis


"Le hasard, c'est le déguisement de Dieu pour voyager incognito." 

Saint Exupery