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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 11:17

 

Brève .1 * Quelles sont ces alarmes bigarrées qui chevauchent dans sa tête ? L'armoire de son cerveau, pourtant si pleine, est renversée, désordonnée si bien qu'elle tâte comme une funambule son fil. Elle a peur que sa raison ne se soit détachée de son corps et logée ailleurs. Comme si le grimaçant monde se riait d'elle. Comme si veule et seule, elle se faisait coulure devant la disgrâce. Psychose trop longtemps animée. Elle avait un jour acheté une carte postale Place des Vosges, un carton rouge et noir sur lequel le mot 'Crire' bondissait. C'est ce qu'elle voulait à cette heure crire, griffer le papier jusqu'à saigner d'encre noire. Ne pas compter les mots ni faire de style, ne pas craindre la mièvrerie, elle écrivait pour les elles, et se devait de ne plus affecter de pudeur à ses sois. Pourtant elle relisait chaque ligne et y scrutait de la poésie n'y trouvant que besoin elle se laisser de nouveau aller.

PSYCHOSE [-koz] n.f. 1. Affection mentale caractérisée par une altération profonde de la personnalité et des fonctions intellectuelles, et par le fait que le sujet n'a pas conscience de son état.
- Larousse

NÉVROSE n.f. (du gr. neuron, nerf). Affection psychique perturbant peu la personnalité et la vie sociale, et dont le sujet est conscient.
- Larousse

JE . affectée mentalement par la première, la seconde lui offrant psychiquement la conscience...

 

Ne plus parler, jamais. Encrer ne plus ancrer. Ne se livrer qu'à soi ou à son soi amoureux …

Se fermer à la malveillance... Cesser de souffrir, arrêter, trancher, dire, rétorquer... Non, se taire ! Terrer son intimité. Accueillir la pudeur. Changer...

__

 

Brève . 2 * Poésie, ivresse et patchouli, elle était tout ça et bien souvent, elle aurait volontiers troqué cet attirail contre fable noire, sommeil et opium. Sa difficulté à vivre n'existait pas dans l'isolement mais alors que les vautours d'autour levaient le voile sur son sein. Ce sein rond et replet devenait alors formidable et mou puis discret et ineffable. Ainsi allait et venait-elle sur le fil de la vie, comme une funambule sans équilibre, comme un chat sans moustache. Atroce mangeuse, gourmande insatiable, mante religieuse, pythie du Diable, elle se délectait du sentiment. Oui c'était bien ce saisissement dont elle se repaissait, repassant dans son esprits mille fois les odeurs hormonales. Dévoreuse de blanche blandice, c'est cet attrait électrique qui la perdait. Cette émotion physique, énergétique qui passait entre les êtres animaux. Victime pourtant de cette assuétude, elle avait décidé de ne plus se confondre en émotion. Ne plus s'ébranler jamais que pour l'Amour . Pourquoi cherchait-elle qu'on l'adule au point de se pâmer ? Sans doute trop nourrie de littérature et de cinéma s'était-elle inventé un besoin qui présentement l'aliénait. Il lui fallait une méthode, un stratagème, un moyen de se débarrasser de ces engouement vains. La thérapie lui avait toujours fait peur, elle avait toujours craint qu'un hurluberlu ne la transforme comme Gepetto son Pinocchio, l'hypnose peut être... non ! la métamorphose n'opérerait que consciemment et douloureusement.

__

 

Brève . 3 * emballement fugace...

 

__

 

Brève . 4 * Une machine à suicide ou un tueur embusqué seraient pratiques.

 

__

 

Brève . 5 * Un couloir blanc. De longues virgules l'arpentent tandis que défile un paysage en clair-obscur depuis la berline déglinguée. Jazz, filles perdues, alcool et herbe s'égrènent sur la route tandis qu'éclate la littérature des clochards célestes...

__

Brève.6 * Automatiques écritures qui plient l'ennui. Ennui né de lui-même. Ennui ravageur qui cloque et claudique. Tic tac, seconde, temps fuyant que je dis ne pas compter et qui me compte. Course folle qui m'emmène qui m'égrène, où suis-je dans moi ? Retrouverai-je un jour l'essence de mes veines ou est-ce course vaine ? Calcul... quel mot affreux que celui là, je le libelle au cas. J'imagine les ruines intérieures que nous explorons tous sans savoir rebâtir leur carcasse, des touffes herbeuses s'y logent, y trouvant encore de l'eau-de-vie... Ruine c'est bien cela mon corps est ruine, les ronces qui s'y étalent scie égoïne. Alarme qui vrille sans arme je cille...

 

Brève.7* Shakti, essence féline féminine, amie sibylline, si altière, si noble, Adieu...

 

Brève. 8* Un jour chaud et gonflé d'orage se profile tandis que je puzzle 'Le déjeuner' de Monet... Je suis sur mon chemin, trait noirci de paresse et coloré de beauté, ligne étiolée qui s'efface presque dans l'attente d'une autre attente... et je bois, je bois parce que l'alcool me revigore, m'anime, m'alanguis moins qu'il ne me presse...

 

Brève. 9* Mélancolie, nostalgie, jolis mots pour la blessure, la blessure qui dure, qui blesse et me fesse... rêve d'enterrement, gisement sous terre pour mon âme fatiguée par une vie trop jeune, refrain trop souvent répété qui m'alanguis et me noie... suis une oie ? Peut être... sauvage alors ! oie sauvage de Nil Holgerson je plane sur cette Oie.. Oie magique qui du jeu devient rota ou tarot divination angélique... delirium qui n'égalera jamais Artaud ni par les maux ni par les mots...

 

Brève. 10* Trouver ma place, changer de face, m'arracher à cette peau trop collante qui me déguise, galante... Qui sont ces voix frayeurs qui sifflent dans ma tête, m'arrachant larmes et soupirs, alarmes et délires ? Sans cesse déguisée j'ai perdu mon habit de tous les jours, mon doux frou-frou du dimanche, mon costume des jours de fête, je suis nue, pelée, désincarnée . Pourquoi envahie par la peur je casse mon leurre au risque de m'appesantir jusqu'à tomber? Je me manque à moi même, je me mange moi-même, aime moi ange du dedans... parler, parler, sans dire, sourire, rire, amuser, devenir le clown, le clown qui meure au dedans et divulgue la vie au dehors...

 

Le sans dire


Mange-cœur va sans dire

mots coincés dans sa gorge, voyelles qui s'étirent

il est le pantomime

la rime muette et bavarde qui mue et mime

ses clownesques cassures

étreignent sa carcasse jusqu'à la meurtrissure

il va sans dire

il va


Crire

 

  "Pour ne pas toucher taire"

(ce dernier vers emprunté à Barbara Albeck)

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 17:34
  • Ver à soie cherche rime à toit pour s'installer au vert. Toi de chaume ou de tuile s'abstenir. Ref 001
  • Chauve souris propose postiches éclectiques en échange de cours acrobatiques. Ref 002
  • Oiseau lyre sans passion recherche violon d'Ingre urgemment. Ref 003
  • Roi paranoïaque embauche raton laveur soigneux comme goûteur et nettoyeur de bouchée avant dégustation. Haute rémunération. Discrétion exigée.  Ref 004
  • Putois vend cartouche de fragrances capiteuses pour bombe lacrymogène efficaces. Prix à débattre. Ref 015
  • Vieux serpent à sonnette cherche emploi comme hôte d'accueil. Expérimenté et pourvu de nombreux anneaux. Ref 016
  • Agence d'adoption recherche cigogne pour vol en Asie. Experience requise. Ref 005
  • Frégate propose son sac gulaire pour laché de bouteilles en mer. Ref 006
  • Souci troquerait volontiers son patronyme contre teigne. Ref 007
  • Transformiste recherche toute peaux et plumes. Déplacement possible pour récolte de mues.   Ref 008
  • Chat propose ses huit vies restantes à maman thon voulant se débarrasser de sa progéniture. Ref 009
  • Petite bête contrariante mangerait bien mammouth.     Ref 010
  • Thé dansant pour souris Dimanche en 7 - organisé par Miahou au grenier Ref 011
  • Clinique marine recherche d'urgence Poisson chirurgien, références exigées. Ref 012
  • Poisson clown offre ses services pour toute occasions excepté dans un local bocal. Ref 013
  • Saule pleureur mélancolique attend Belle Dame (belladone) pour petite mort. Ref 014
  • Requin marteau et requin scie associés cherche partenaires pour pillage d'épaves en mer du Sud.   Ref 017
  • Pensée noire s'accouplerait volontier avec pensée bleue.   Ref 018
  • Pieuvre orchestre échange ses instruments contre gants de cuisine assortis et multiples. Ref 019
  • Oeil du Tigre organise réunion de Grigri à la salle des fêtes de la patte d'oie pour protester contre la synthétisation. Ref 020
  • Turbot partagerait volontiers son ardeur avec tortue marine afin d'explorer notre mer dans le respect et la complicité. Ref 021
  • Lamantin recherche Sirène pour chants nocturnes et capture de marin dans un souci écologique et libertaire.       Ref 022
  • Lapis-Lazuli, pour cause de perte d'un ami, offre co-voiturage sur gorge délicieuse pour Abou Simbel. Ref 023
  • Lithium échange discographie complète de Nirvana contre celle de Justin Bieber. Ref 024

 

 

Pour répondre à une annonce adressez votre courrier à : 

 

La nature est à nous

7 rue Barbe

Cedex six O

Naturalia

 

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4ème de couverture de Tout pour l'animal moderne ( mon inspiration)

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 12:43

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       J'avais été  amenée dans cette salle de cours par une dame très douce, Madame M.. Elle enseignait la littérature comme on raconte une histoire à un enfant. Chaque matin, elle s'emparait de moi puis m'amenait à la fenêtre. Depuis ce cadre en bois, elle déversait sur moi une eau délicieuse parfois sucrée, parfois aigre, toujours, elle me revigorait. Ce faisant, elle préparait son cours et je goûtais à sa verve toute volubile ainsi qu'aux cajoleries qu'elle me prodiguait ici et là.
       Les élèves et leur charivari entraient alors, mais leur vacarme cessait vite et ne rompait pas le charme. Et je me cantonnais là, sur le bureau, à ses côtés. Mais ma présence n'était pas vaine, je donnais vie à cette salle terne, et bien souvent Madame M. me désignait afin que j'illustre son propos. Elle disait :
       _ regardez  Acalypha et ses jolies queues de chat, ne vous évoque-t-elle pas quelques calligrammes ou quelqu'autre fantaisies littéraires ?
       J'étais une sorte d'assistante et je tâchais de diffuser ma poésie autant que faire se peut. Au temps des vacances elle m'emmenait chez elle et j'y rencontrait une jungle d'amies : œillets des poètes, belles de jours, Amaryllis ou impatiens …

    Mais un matin, elle ne vint plus.

      Je ne su jamais ce qui lui arriva. Qui s'épancherait sur une plante verte ? Personne ne se soucia plus de moi. Ma soif était telle, que j'en perdit mes queues de chat et que je flétri toute entière. Le mépris que l'on me voua était tel que je demeurai sur ce coin de bureau, sans chaleur ni lumière, sans coquetterie...
      Le remplaçant de Madame M. était un vieux bourru qui, je pense, ne considérait que la vie humaine comme légitime … Il me fallut attendre les vacances de printemps pour qu'une femme de ménage décide enfin de mon sort. Elle me saisi et me posa là, près du container à ordure. Je restai là, cinq longs jours, où la pluie me réhydrata quelque peu mais où j'eus froid, tellement froid...

      Quand, un soir, arriva la jeune fille au sac de plastique vert...

 


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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 14:16

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Ma demeure est le vol. Mon école : le ciel,

 mes latitudes et mes soleils, pluie et Eole.

  Solstice et équinoxe arriment mes envols : 

  préludes du voyage par un bruissement d'ailes,

  je m'élance dès lors radieux vers le dégel.

J'ai vu des pays bleus, des déserts de soleil,

des campagnes humides, des cités étincelantes...

Comme une bouteille au ciel, un message sommeille

enroulé sur ma patte. Une rime éloquente

dont j'ignore le secret ... est-elle providentielle?

Combien d'amour, combien de haine ai-je transporté

depuis mon pigeonnier jusqu'au lointain exil

l'espoir en bandoullière, le voyage comme asile

J'ai aimé sillonner les couloirs embrumés,

les sentiers scintillants que les vagues font danser

Aujourd'hui je suis vieux et si je vole encore

 comme le météore à l'abîme des chemins,

ce n'est que pour mirer ces enfants les humains

chanter, danser, créer et puis pleurer, déclore...

si avides de vie, si habiles à la mort.

 

 


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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 16:55

      

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       Créteux, saturé, anar, fêtard, j'ai beau gueuler NO FUTURE comme mâtine à tout l'voisinage pas un qu'entend ma voix. Non tous ces connards préfèrent se dire qu'mon chant leur est asservi, que j'suis un réveil matin. Ni Dieu ni Maître, vous captez pas qu' mon espèce crache sur la vôtre : à bas la hiérarchie ! Les poulettes qui m'entourent vous sont aliénées, vous croyez ? Foutaise, faudrait qu'vous les entendiez, elles vous citent du Bakounine, vous balancent comme ça des vers de Prévert qui vous font saigner tellement c'est beau.  

       On enferme pas la liberté dans un poulailler !
       Dès qu'arrive le soir et qu'on vient vérifier qu'on risque pas d'se faire bouffer par un renard, j'me barre. J'enfile mes docs à coque au cas ou un sale skin traînasserai par là... et j'file déranger la nuit.  J'm'arrête là où l'cul d'mes potes est posé. On s'ouvre une bibine et on r'fait le monde, y en a toujours un qui pousse la chansonnette, un aut qui gueule ... et après on traine not gueule de bois dans les bouges crasseux, les squats vagues... là, y en a toujours un qui s'met à pleurer, une poulette qu'a chaud au derrière et un air de Pigalle qu'on entonne tous, éméchés.
       J'suis un romantique moi !
       La nuit c'est chez nous, not crête fait peur à personne, on nous a à la bonne ... La nuit tous les coqs sont gris ... C'est qu'au p'tit matin, écœuré, à l'aurore, quand le jour est pas encore levé, que j'rentre au bercail, que tous ces vendus ils allument leurs p'tites loupiotes et s'en vont au turbin dans leur belle voiture toute lisse, c'est là que j'gueule : NO FUTURE à tous ces cons addict au quotidien, à leur petite rengaine, à ces cons qui s'embastillent dans des boîtes et qui pigent pas qu'd'autres ont besoin d'air...

       Les poulettes sont plutôt cool elles me réconfortent en m'gloussant un air de Léo, même un p'tit air d'Hubert Félix quand ça leur chante. Pis y a l'proprio qui vient nous j'ter de la graine d'ananar qu'on est bien content de becqueter...
       Y a pas d'futur dans c'monde mais au présent j'suis comme un coq en pâte

 

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 15:37

 

6-olivier-richon-2008-galerie-bendana-pinel-le-bestiaire-im.jpg

Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique, Boronali

21_nqMHU-copie-1.jpgLe Lapin Agile


           Exercices de style quenottés, calembours, canulars et anagrammes voici le programme de l'anicroche cabotine à laquelle je vous invite. Oyez l'Histoire de l'Art bien réelle de l'an de grâce 1910.

        En bref, Petite Bohème en prose...

           Tout commence par un lieu calembour, le Lapin Agile, anciennement Cabaret des Assassins, qu'un caricaturiste André Gill a affublé d'un lapin portant redingote verte, écharpe rouge, et litron de vin et qui bondit d'une poêle à frire. De ce lapin on ne sait rien ; était-il gars, reine ? aucun indice, tout ce qu'on sait c'est que Gill l'a peint.

           L'autre acteur de l'histoire n'est pas un faussaire puisqu'il est bien un âne, un âne artiste précisément... Le bourricot du Père Frédé, alors propriétaire du Lapin Agile, se dénommait Aliboron dit Lolo en hommage à La Fontaine bien qu'elle versât plus d'absinthe que d'eau à la tireuse du troquet.

           Frédéric Gérard, dit le père Frédé, arpentait les sentiers Montmartrois comme à Brême les musiciens ; chien, corbeau, singe et âne l'escortaient sur les marchés des quatre saisons et s'acoquinaient bien sûr au Lapin Agile.

           Un jour, au caboulot, qu'autour d'une chopine, Dorgelès accusait Apollinaire de ne s'intérésser, je cite, qu'à l'Art de singe, alors qu'à défaut d'art simiesque il évoquait l'Art des Fauves, on se demanda si ce singe avait quelques talents cachés. Pourtant, c'est bien de Lolo qu'il s'agit et d'une bande de goguenards qui décidèrent de faire une farce à la barbe des pédants et amateurs de l'Art moderne entendez André Warnod et Jules Depaquit, écrivains, goguetiers et critiques d'Art.        

           Un matin d'espiègle humeur, Roland Dorgelès fit venir maître Brionne, huissier de justice, au Lapin Agile. L'homme de loi serait témoin du pied de nez qui allait se jouer. On peignit alors un simple plat fond ciel et sol sur une toile. Ceci fait, on accrocha un pinceau à la queue de l'âne Aliboron qui frétillait chaque fois qu'il gueuletonnait une carotte, une feuille de tabac ou bien de Marie-Jeanne pour plus de créativité. C'est ainsi qu'âne artiste créa l'impression : Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique. Quand lassé de ce petit jeu, Lolo ne remua plus, on estima le tableau achevé et l'on le signa Boronali anagramme d'Aliboron.

          Cette œuvre plaisantine fut exposée au salon des indépendants de 1910 au grand dam des anartistes de la butte. Roland Dorgelès alla même jusqu'à biographier Boronali lui conférant une naissance gênoise puis le fit auteur du Manifeste de l'excessivisme dans lequel on peut lire ces mots :

" Holà! grands peintres excessifs, mes frères, holà, pinceaux sublimes et rénovateurs, brisons les ancestrales palettes et posons les grands principes de la peinture de demain. Sa formule est l'Excessivisme. L'excès en tout est un défaut, a dit un âne. Tout au contraire, nous proclamons que l'excès en tout est une force, la seule force... ”

           Le tableau d'abord boudé puisqu'exposé dans la salle des croûtes fut la cible de clabaudages contrastés mais fut finallement acheté pour la rondelette somme de 20 louis par un certain André Maillos. La boutade fut bientôt dénoncée au journal L'Illustration par son propre auteur, qui, débonnaire, reversa le butin à l'orphelinat des Arts.

           On a dit d'Aliboron qu'il se serait suicidé, noyé dans un étang après la mort du père Frédé. La tourmente touche les artistes de tout poil... La galéjade l'aura blessé dans son orgueil et la bohème, trop lointaine de la Normandie où il avait trouvé refuge, aura, de nostalgie, eut raison de de sa raison.
    Le lapin, quand à lui, a tu ses facéties mais rue des Saule et toujours bondissant il attend mélancolique qu'un singe ou quelqu'autre anartistes d'un trait remplisse son litron depuis trop longtemps désséché...    

 

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 18:07

 

 

6-olivier-richon-2008-galerie-bendana-pinel-le-bes-copie-1.jpg

 

                 

     Des rais de lumière vaporeux s'infiltraient par les interstices des volets de bois et distillaient ça et là des paillettes de couleurs. La marche funèbre de Soap&Skin vibrait depuis le vieux tourne-disque. Accrochée aux murs l'araignée souriante d'Odilon Redon faisait de l'œil au Narcisse de Gustave Moreau. Des toiles en vrac jonchaient les coins de l'atelier, en rouleaux ou sur châssis, c'était là, Chagall, Soutine ou Delacroix qui ergotaient à propos d'esthétique.
      D'ordinaire baignée de clarté la pièce semblait laborantine ce jour là. Le faussaire qui excellait dans l'art de calquer, dupliquer, imiter, copier s'affairait ce matin ci autour des marmites, pilons et séchoirs. La nuit lui avait donné en songe l'inspiration, sa propre inspiration. Tout empreint du désir d'honorer son rêve, il s'était levé de bon matin et avait sillonné la ville à la recherche des ingrédients nécessaires à sa création. Il voulait que tout, absolument tout soit produit par ses soins. Ainsi il avait visité les épiciers, papetiers, minéralistes et droguistes de sa connaissance mais cette fois il s'était fait violence pour n'entrer dans aucune galerie ni musée, son œuvre serait unique, personnelle, intime. Aucune influence ne viendrait entacher son imagination nouvellement féconde. Il avait même trainé ses guêtres au bois où il avait glané des feuilles, de la terre et des fruits secs.
      Le faussaire devenu alchimiste s'adonnait avec ferveur et exaltation à sa tâche inédite. D'abord il prit soin de réaliser sa toile. Bouillies, treillissées et séchées les plantes fibreuses récoltées donneraient un support végétal idéal. Il suffirait alors de la mordancer à l'alun et sa toile pourrait recevoir sa carnation onirique. le blanc serait réalisé grâce à de la craie et un brin de kaolin pour plus de matité, pour le noir il traiterait la suie pour obtenir du bistre. Afin de nuancer sa palette il usa d'azurite de pastel et d'indigo pour une belle variété de bleus, puis il se servi de curcuma et d'ocre jaune qui doreraient son sujet. Le rouge, l'essentiel rouge, fut obtenu par des racines de garance moulues qui engendrèrent une laque couleur groseille, il lui fallait du violet pour un effet fantastique, un peu de bois de campêche, une once de ronce de mûrier et de l'orcanette des teinturiers firent l'affaire. De la malachite et du vert de gris, gratté puis séché lui donnèrent un échantillon de vert.
      Sa confection de pigments achevée, il médita un long moment devant ces pots de porcelaine bigarrés. Il devait calmer sa folie créatrice encore brûlante et se recentrer sur sa technique avisée.
    D'un trait noir, il ébaucha son ouvrage qu'il flouta de touches pourpres. Pour étayer sa couleur, il usa d'un jaune primaire, complémentaire, puis il badigeonna sa toile de colle de pâte. Il prit ça et là des pincées d'épice qu'il jeta sur la surface encollée ... ce qu'il fit après, même lui ne s'en souvint pas.
    Lourd sommeil qui suit la furie créatrice...

    Un œil ouvert, Puis refermé.
    Curiosité voilée d'œillère...
    éblouissement! Qu'ai-je créé ?
    aveuglement pour la chimère.

    Peau de Chagrin ou Dorian Gray ?
    Fascination qui m'enveloppe
    comme une peau cousue de gré,
    comme un émoi, moi interlope.

    Je suis perdu si la folie
    m'accole à mon enfantement.
    Envoûtements, mélancolie
    n'enchainez pas vos rougeoiements.

    Que ces carmins, ces bleus, ces parmes
    ne se révèlent qu'à l'œil étrange
    et que, tranquilles ils taisent leurs charmes
    comme décharné, un Michel-Ange.

    

 

 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 14:14

 

 

21_nqMHU-copie-1.jpg

les fleurs bleues se sont tues

l'ardeur rouge est venue

Chrysanthème blanc

 

 


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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 18:16

   
 
  
          S'il vous arrive un jour de traverser le bois de H. vous risquez de tomber nez à nez avec le Fantasque et surtout fou : Hoffman. Ni le fantastiqueur, ni l'isolateur de l'acide, Non ! Mais bel et bien un savant mélange des deux. Et oui, Le Hoffman c'est un vieux, bourru et exalté à la fois, mais par dessus tout complètement fou !
          Il vit à l'instar d'Hansel et Gretel dans une maison comestible que les guides botaniques ne reconnaitront pas comme telle. Une amanite tue mouche géante lui sert de logis. Son toit est percé de touffes de cannabis, toutes les huisseries sont en opium et les vitres en crystal, un énorme alambique trône au centre du champignon et ses distillations permanentes sont évacuée par une cheminée en mercure. Ça et là des tableaux cartonné de LSD et quelques sculptures en rachacha rythment l'espace. Je vous laisse imaginer la cuisine ... innombrables pots aux substances en "ine" et poudre de perlimpinpin ...
          Ah le vieux loufoque !
          Probablement parce que sa psyché est troublée de paranoïa aïgue ou par simple superstition, lui même et sa maison sont truffés de grigris de toutes sortes : attrape-rêves, fer à cheval et pattes de lapin, main de Fatima, oeil du tigre et Nazar Boncuk pour chasser le mauvais oeil, talisman vaudou autour du cou, trèfle à quatre feuilles en bijou ... un attirail hétéroclite de protections qui finissent d'accoutrer le personnage.
          Le plus étonnant je crois, c'est quand arrive l'heure du thé. Parce que malgré ses fantaisies, Hoffman est fort sympathique, bizarre, farfelu même mais sympatique ! Si bien qu'il reçoit beaucoup et avec une singulière courtoisie... Il vous fait donc cérémonieusement asseoir sur d'étranges poufs moussus et vous sert un thé âcre à la psylocibine qu'il accompagne toujours de délicieux brownies. Et là, croyez moi ou non vous n'êtes pas près de partir ni de revenir d'ailleurs tant tout devient psychédélique, psyché bordélique ... Spirales infernales, zébrures, camaïeu infini et formes molles s'entrechoquent comme des planètes qui auraient perdu la boule. Vous voilà tout de go errant au coeur du cosmos...

          Métempsychose au corps céleste, anamorphose et palimpseste  ...

                    bon voyage

 


 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 09:26

 

 

 IOrpheetEurydicedeJeanBaptisteCorot.jpg                                                                          Orphée et Eurydice, Corot

        Je me couche dans la luxure, me noie dans l'ivresse, me bâfre de cacao, m’alanguis oisif ou me plonge dans la fange _ avec distinction. Je suis Le Faune et non la faune, guilde de mes congénères. Tandis que mes semblables se vautrent dans les sphères les plus vulgaires, je poétise la concupiscence ... Par instinct orgiaque, ils baisent, fument, boivent, dévorent mais sans grâce aucune, JE glorifie l'art de la Bacchanale parce que je suis lecteur et bibliophile. Les livres ont façonné ma débauche naturelle, ils l'ont ciselée, parfumée jusqu'à lui donner une beauté exquise.


                    J'ai tapissé les murs du cyprès, qui me loge, d'innombrables rayonnages qui vont jusqu'à son faîte si près du ciel. Par un système judicieux d'échelles adaptées à mes sabots, je peux soustraire à mon décors un titre des éditions blanches que je possède intégralement, ou bien c'est un de ces jolis volumes de chez la Musardine ... Au pinacle de mon arbre, j'ai placé, près d'une orchidée, le bijoux de toile rose numéroté de Araki, livre d'image d'une obscénité délicate qu'il m'arrive de feuilleuter après que mes homologues m'ont retranché dans mes instincts faméliques et inesthétiques.

 

        Un matin que, lové "dans la feuillée, écrin vert taché d'or", Rimbaud me soufflait ses Voyelles, on cogna si fort mon cyprès qu'une étagère céda, étalant à mes pieds les onze milles verges d'Appollinaire, l'anus solaire de George Bataille et l'oeuvre complète et originale du Marquis de Sade, reliure en demi-basane fauve clair et réhaussé de caissons à fleurons dorés, s'il vous plaît. Désemparé et hors de moi, j'ouvris prêt à foudroyer l'inoportun. Et quel ne fut pas ma surprise ! Mallarmé lui-même ne m'aurait pas offert plus belle vision, une Nymphe à l'éclat sans pareil se trouvait toute jambe en l'air au seuil de mon arbre. Un satyre de mes ennemis lui avait préféré une plus gironde et l'avait propulsé là à coup de sabots. Je l'aidai à se redresser et lui offris d'entrer. Je l'installai sur un coussinet de lierre et lui servis un verre de ce vin si fruité dont ma cave racinaire regorge. Elle attrapa l'Aphrodite de Pierre Louys, un petit cartonnage en percaline rouge et m'avoua tout à trac sa passion pour ces auteurs qui disent le désir en écrivant le plaisir. Nous figeâme le temps. Débats littéraires animés, caresses lascives et délectation des chères les plus fines nous occupèrent pendant de longs jours.

 

       Pourtant m'extrayant de cette précieuse quiétude, une après-midi qu'une bande de grossiers faunes fanfaronaient devant mon antre, un caprice primitif me prit et je suivais mes cousins dans leurs immondes priapées. Des nymphomanes rugueuses et gouailleuses faisaient couler un mauvais alcool dans mon si délicat gosier et nous forniquâmes comme des damnés. Humides langues, sexes durs et cuisses grasses s’enchevêtraient jusqu'à l'écœurement. Et je m'adonnais à ces jeux glauques avec une frénésie salace.

 

         La nuit venue, encore tout étoudi du cauchemar auquel mes instincts m'avaient forcé, je couru, je couru à en perdre haleine jusqu'à mon paisible cyprès. Ma dryade n'était plus là. Les photographies d'Araki ne me consolèrent pas, ni même mon delicieux vin.

                        La honte ressentie pour ma triste condition mua en lamentations et je me scandais telle une litanie ces mots punitifs :

       

       _ Ce n'est ni par luxure, ni avarice, ni gourmandise, ni paresse ni colère ni envie que je pèche mais bien par orgueil ! Je suis un faune, par essence lubrique et ma collection de livres n'y change rien. Je méprise mes semblables quand je suis tout comme eux, je suis maudit sans avoir pactisé. Mes instincts sont esthètes quand ils devraient être vils et vice et versa. La nature m'a condamné à la souffrance en m'asservissant à la beauté.

Je suis paria.

 

 


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imagesCAZKQ4OQ   " La lisière est belle , s'était toujours entendu dire la jeune fille par ses parents, nous avons bien de la chance  de pouvoir admirer la forêt de nos fenêtres mais, point trop n'en faut. Notre vraie vie se déroule dans les prés, les villes, et villages, les églises et écoles, tous ces lieux harmonieusement disposés et cartésiennement surveillés par les diverses instances de l'ordre social, économique, religieux, et politique."                   

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Krishnamurti

  "La beauté inclut évidemment la beauté de la forme; mais sans la beauté intérieure, la simple appréciation sensuelle de cette beauté de la forme mène à la dégradation, à la désintégration. Il n'est de beauté intérieure que lorsqu'on éprouve un amour véritable pour les gens et les choses qui peuplent la terre, cet amour s'accompagne d'un très haut degrè de considération, de prévenance et de patience."

 

kris

" Cette terre est la nôtre, elle n'appartient ni aux communistes, ni ni aux socialistes, ni aux capitalistes; elle est à vous et à moi, prête à nous offrir une vie riche, heureuse, sans conflit. Mais ce sentiment de la richesse de la vie, ce sentiment de bonheur, ce sentiment qui nous souffle : "Cette terre est à nous", ne peut être suscité par la coercition ou par la loi. Il ne peut venir que de l'intérieur, parce que nous aimons la terre et tout ce qui l'habite : voilà ce qu'est cet état de perpétuel apprentissage."

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Jupe virevoltante

et chignon haut placé

 

Je l'ai vu passé

rue de la Gaîté

 

belle

         belle

                  belle

à pleurer

 

Givaudan

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Orchidée du soir

cachant dans son parfum

le blanc de sa fleur

Buson

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Ni sourire

ni larmes

dans cet hibiscus

Ransetsu

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Rampant sur le sol

de la maison déserte

un volubilis

Shiki

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Sur un tas d'ordures

un volubilis a fleuri -

tardifd'automne

Taigi

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Visite au cimetière

le plus jeune enfant

porte le balai

Issa

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Descendant du champs

ruisselant sur eux

l'eau de l'automne

Buson

BULLE NEIGE 

Sous la lune voilée

les fleurs de Kaido

sommeillent

Kikaku

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Si rudement tombe

sur les oeillets

l'averse d'été

Sampû

PONT HIROSHIGE 

Averse d'été -

les moineaux du village

s'accrochent aux herbes

Buson

estampe 

Même au fond des puits

on peut voir les étoiles

Givaudan

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ROUGE

DREAMSELLER by notmystyle 

Ocre rouge, rouge rubis, vermillon, cramoisi, pourpre, sang, carmin, écarlate, lie de vin ... Les nombreux mythes qui évoquent la genèse de la Terre la décrivent de couleur rouge. La science a mis en évidence que le pigment le plus répandu à la surface du globe est l'oxyde de fer qui devient rouge dès qu'il s'altère. Il est donc très probable que le premier continent fut effectivement rouge à l'aube de son Histoire...  

  plagerouge en Chine

La plage rouge de la province de Liaoning en Chine. Les algues de ce marais d'eau salée rougeoient nos mois d'été...

 

Rouge

le rouge de Zao Wou Ki

 

 

l'iris est un coeur...

" Chaque fois qu'un enfant dit : "je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt"  

James Matthew Barrie Peter Pan

 

  Fairies Looking Through A Gothic Arch, John Anster Fitzerald 


"Fées répandez partout la rosée sacrée des champs " 

William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été 

Spirit-of-the-Night--1879

Spirit of the Night, John Atkinson Grimshaw

 

"La bonne grâce est le vrai don des fées; sans elles on ne peut rien, avec elle on peut tout."

Charles Perrault, Cendrillon  

Les_anemones_1891-copie-1.JPG

Les anémones, Maurice Denis


"Le hasard, c'est le déguisement de Dieu pour voyager incognito." 

Saint Exupery