" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal
Les Sabines par Jacques-Louis Davis (1748-1825)
- Huile sur toile, format gigantesque de : 385cm / 522cm, huile sur toile
- Peinture d'histoire exposée au musée du Louvres à Paris
David représente ici une scène d'armistice, celle inspirée par Plutarque alors que les Sabines tentent d'établir la paix entre Romains et Sabins.
Cet épisode date de la fondation de Rome soit en 753 avant J.C. Les romains manquaient de femme pour peupler leur cité, les sabines voisines, réputées très belles, se voient alors enlevées par eux. Deux années plus tard, les sabins veulent reconquérirent leurs femmes. Contrairement à Poussin qui avait réalisé L'enlèvement des Sabines, c'est ce moment précis que David a choisi d'illustrer, le moment de suspence, l'instant fatidique où Hersilie, épouse de Romulus, à droite, et fille de Tatius, à gauche, tente de réconcilier les deux peuples. David voulait ainsi prôner la réconciliation des français après la révolution.
Hersilie, le personnage central s'interpose entre Tatius et Romulus, elle découpe ainsi le tableau en deux, son bras gauche sépare en effet les Romains des Sabins. Presque toute la lumière est concentrée sur celle qui dénouera l'histoire. La composition dynamique, quasi vertigineuse de ce tableau donne au spectateur une impression de vive théâtralité, une architecture sculpturale. Une ligne horizontale découpe la foule de l'arrière-plan, ce dernier qui nous apparaît d'abord paisible, s'il l'on y regarde de plus près est agité comme une cité en proie aux flammes. David réalise l'essence de l'Art recomposant une fiction basée sur des faits réels. Il entend faire des nus mais avec une certaine pudeur, à la manière Antique. Ainsi le sexe de Tatius est-il caché par son fourreau lui même métaphore implicite du sexe féminin, la lance que Romulus dirige vers Tatius est-elle aussi explicite. Le personnage, soldat des romains à l'extrême droite du tableau, abandonne le champs de bataille rangeant son épée au fourreau. Les femmes qui à la hâte se sont mêlées à la bataille, sont dénudée ou à peine apprêtées. Quand aux hommes ils ne sont protégés que par leur boucliers, armures ou étoles.
Hersilie, comme je l'ai dit plus haut, figure au centre, à son dos une femme monte sur un petit pilier, soulève son enfant et le montre aux Romains pour leur annoncer que par cette naissance la réconciliation a eut lieu deux ans plus tôt. Une autre vêtue de rouge et portant une couronne de fleur s'agrippe à la jambe de Tatius en signe de supplication. Au pied de Romulus, une femme dévoilant ses seins nus présente sa progéniture et annonce ainsi que les peuples seront à jamais liés par le sang. Une foule de femmes scinde ainsi les armées Romaines et Sabines. Le blanc de la robe d'Hersilie et les touches de couleur vives sur les vêtements des femmes accentuent leur prochaine victoire.
Le style de David de plus en plus simple et pur s'inspire de l'Antiquité Grecque, il atteint ainsi son objectif : "Je veux faire du Grec pur, je veux ramener l'Art aux principes grecs, je veux remonter aux grecs."
Suite à la chute de Robespierre, David sera emprisonné en tant qu'activiste politique, il en profitera pour lire les auteurs Antiques et réagiera à la révolution en peignant les Sabines. Ce tableau et celui du Serment des Horace s'inscrivent comme les symboles du néo-classicisme européen, mouvement qui s'étend environ de 1750 à 1830 et qui sacrifiera la couleur pour privilégier la ligne. Les néo-classiques préconisent un retour à la simplicité de l'Antique après le baroque et la frivolité du roccoco des années précedente. On sait que David avait déjà tenté avec Saint Roch intercédant auprès de la Vierge pour la guérison des pestiférés en 1780 d'échapper au roccoco et au religieux alors ambiant sans grand succés mais que Diderot l'avait salué pour ces deux oeuvres, le serments des Horace et les Sabines. Ingres, amoureux de la ligne, le prendra pour modèle.
Enfin David signe avec ce tableau magistral une oeuvre révolutionnaire intemporelle. David deviendra par la suite peintre officiel à la cours de Napoléon.
L'enlèvement des Sabines par Nicolas Poussin
