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" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

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Le Bain Turc par Jean-Auguste-Dominique Ingres

The-Turkish-Bath.JPG

 

    Jean-Auguste-Dominique Ingres né le 29 août  1780 à Montauban et mort le 14 janvier 1867 à Paris ébauche  Le bain Turc vers 1852 et le terminera en 1859.  Tableau rectangulaire à l’origine, ce n'est qu’en 1863 que le peintre lui donne la forme d’un tondo.
 Cette peinture ne fut révélée finalement au grand public qu'en 1905 lors de la Rétrospective Ingres au Salon d'automne. Elle est enfin timidement acheté par le Louvre en 1911 grâce au concours du mécène Maurice Fenaille.
Il s'agit d'une huile sur bois découpée en un tondo de 108 cm sur 108 cm.
C'est une scène de genre imaginée  par l'artiste qui s'est inspiré des lettres de Lady Montague racontant son séjour Ottoman.

    Le bain Turc présente une foule de femmes nues dans un harem. Le peintre, qui ne mit jamais le pied en Orient s'inspira des Lettres d'Orient de Lady Montague et s'enticha d'orientalisme comme nombre de ses contemporains. L'artiste  n'eut besoin d'aucun modèle mais se reporta au croquis et tableaux collectionnés au fil des années. C'est ainsi qu'elle sont toute rassemblées une ultime fois dans son bain turc :  la baigneuse de Valpinçon au premier plan, la figure de la source  ici en danseuse, elle est par ailleurs la seule femme représentée de pied ; la première épouse de Ingres voisine sa seconde femme tandis que celle qui se fait coiffer n'est autre que sa cousine Adèle de Lauréal dont il était secrètement amoureux, à droite de la danseuse on retrouve également Madame de Moitessier. Toutes les femmes dont il avait rêvé figurent ici dans des poses lascives et suggestives. Sans cesse il les avait dessinées et peintes, la plupart du temps seules, sur un lit de repos, ou en nu féminin de dos, assises sur le bord d'un bassin : Témoignage du grand plaisir que l'artiste prit toute sa vie au corps nu féminin. Il les représente avec leur carnation propre, ambrée, noire ou laiteuse.
    Le Bain turc illustre parfaitement les propos de Lady Mary de Montague dans la Description du bains des femme d'Andrinople : « De belles femmes nues dans des poses diverses...les unes conversant , les autres à leur ouvrage, d'autre encore buvant du café ou dégustant un sorbet, et beaucoup étendue nonchalamment, tandis que leurs esclaves (en générale de ravissantes filles de dix-sept ou dix-huit ans) s'occupaient à natter leur chevelure avec fantaisie » . Ce tableau est un éloge aux passions de Ingres : la peinture, la femme et la musique. Des dizaines de femmes turques nues sont assises dans des attitudes variées sur des sofas, dans un intérieur oriental s'organisant autour d'un bassin. Beaucoup de ces baigneuses juste sorties de l'eau s'étirent ou s'assoupissent. D'autres papotent, prennent du café.,, Il est relativement aisé d'imaginer la musique qui règne dans le bain turc : l'odalisque qui joue du luth impose son rythme et les castagnettes de la danseuse s'y accordent. La volonté d'Ingres est d'emmener le spectateur jusqu'à ressentir l'ambiance musicale. Comment rendre visuellement cette musique orientale, envoûtante ? Ingres a recours à un système d'ondes concentriques : diffusion d'une onde rythmique et mélodique.
    Cette composition assemble les figures en deux groupes principaux dans un espace profond mais indéfini. Dans le groupe du premier plan règne le jeu des arabesques aux dépens de l'exactitude anatomique et de l'effet de profondeur. Cependant une grande harmonie se dégage de la composition. Il a aussi donné une lumière froide et tamisée à sa toile, ce qui atténue le modelé des figures et contribue à laisser prédominer la ligne.  Pour Ingres, la ligne était « reine », la couleur sa servante. La pureté des formes et l'harmonie restèrent ses principes directeurs. Si aucun désordre, aucune agitation ne règnent dans le Bain turc malgré l'abondance des corps, c'est parce que le peintre a suivi la règle du « nombre d'or » héritée de l'Antiquité. Son tableau s'orchestre selon un schéma rigoureusement géométrique. De forme rectangulaire à l'origine, ce n'est qu'à, la fin, en 1863, que le peintre lui donnera sa forme ronde et qu'il en fit un « médaillon ».  Ingres dû mûrement penser son format afin que le spectateur se sente un peu voyeur comme s'il observait à travers la lorgnette d'un judas. Tandis que Lady Montagu rapporte que les hammams d'Andrinople  étaient strictement interdit aux homme sous peine de mort , Ingres et ses contemporains ne connaissent les bains communs qu'à travers les auteurs classiques. Dans une étude réalisée par Ingres pour  l'Apothéose d'Homère , une déesse de la Victoire pose sur la tête du poète une couronne de lauriers ; dans le bain turc, l’œuvre de vieillesse, on retrouve son profil et la pureté classique de la ligne des épaules, la jeune fille tenant cette fois-ci un encensoir ou un flacon de parfum : ceci illustre le caractère interchangeable du monde d'Homère et de la Turquie du XIXème siècle. Le système chromatique, lui aussi, construit la perception par divers jeux spatiaux.
Dans sa bordure d'or, qui se reflète sur les peaux et dans les bijoux et chevelures, la peinture apparaît comme une pierre précieuse. Le bleu entoure les femmes du premier plan : nature morte, coussin,drapés. La jarre au loin fait écho aux pots du premier plan. Le rouge, sensuel et ardent, habille et fait valoir l'éclat nacré des nus. La fusion de ces trois couleurs, additionnée de blanc, va constituer l'ambiance grise et mystérieuse qui baigne la scène. Ingres a fait le choix d’accentuer la luminosité sur la femme qui nous tourne le dos. Les quatre femmes très blanches sont aussi illuminées, mais différemment. Le reste du tableau est plus sombre.

    Sous la restauration et le second empire Ingres jouissait d'une réputation de portraitiste auprès des riches et des puissants. Pourtant Ingres voulait se consacrer à l'Art « grand et noble » et jugeait les portrait comme étant indigne de lui. C'est un vieillard qui a peint cet assemblée de jeunes femmes nues. Non sans fierté, Jean-Auguste-Dominique Ingres né en 1780, indique en effet sur son tableau « AETATIS LXXXII », « à l'âge de quatre-vingt deux ans ». quelques années avant sa mort, il ressentait encore selon ses propres dires, « tout le feu d'un homme de trente ans ». Immensément érotique le tableau ne provoqua pas de scandale — contrairement au Déjeuner sur l'herbe  ou à l'Olympia de Manet (1863) car il demeura longtemps dans des collections privées. Mais avec son assemblée de nus, le Bain turc était avant tout une œuvre choquante, tout du moins pour l'époque. Le premier acheteur du tableau — un parent de Napoléon III — le rendit au bout de quelques jours, sa femme le trouvant « peu convenable ». Il est finalement acheté en 1865 par Khalil Bey, un ancien diplomate turc. Ce dernier l’ajouta à sa collection de peintures érotiques, qui contenait notamment L'Origine du monde de Courbet. Pourtant la scène orientale fut rejetée pendant longtemps encore. Au début du siècle lorsque des amateurs d'Art voulurent offrir le Bain turc au Louvre, le conseil du musée déclina l'offre par deux fois. Finalement, ce n'est qu'en 1911, alors que les collections nationales des musées de Munich envisageaient d'acheter le tableau, que le Louvre se décida quand m^me à accepter le chef d’œuvre mal-aimé. Ce tableau ne laissa cependant personne de glace en effet il suscita autant la fascination, par exemple chez Picasso qui reprendra la petite nature morte du premier plan dans ses Demoiselles d'Avignon ou Man Ray qui encrera 2 ouïes sur un nu photographié à la manière de Ingres, que la répulsion. Paul Claudel voyait dans Le Bain turc "une galette d'asticots". L’œuvre se situe dans le courant pictural romantique et néo-classique et s'inscrit dans l'orientalisme alors en vogue. On songe alors à Delacroix et à ses  femmes d'Alger dans leurs appartement, ce même Delacroix qui après voir visité un harem algérien, s'extasia : « un instant de bonheur et d'étrange fascination … Voici la femme comme je l'imagine : non plus jetée dans la vie mais retirée au cœur de celle-ci, là où elle s'accomplit avec le plus de secret, de volupté et d 'émotion ».
Le Bain turc conclue l’œuvre de Ingres y rassemblant toutes les figures qu'ils avait déjà peintes ou bien celle qu'il avait admirée contemplant sa collection de gravure. A la fin de sa vie Ingres crée la toile la oplus érotique de son oeuvre avec cette scène de harem associant le thème du nu et celui de l'Orient. Son œuvre ultime sera son chef d’œuvre et transpire encore l'érotisme.

 

L'Apothéose d'Homère
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Les Demoiselles d'Avignon , par Pablo Picasso
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