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" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

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Des Glaneuses Jean-François Millet

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- Des Glaneuses par Jean-François Millet ( 1814-1875 )

- Huile sur toile de taille moyenne, 82,3cm  /  111cm peinte en 1857

- Scène de genre exposée au musée d'Orsay à Paris et présentée la même année au Salon

 

 

          Ce tableau représente une scène rurale montrant trois glaneuses au travail.

          Outre que Millet provoque l'académisme en choisissant trois paysannes comme héroines, il s'engage politiquement en illustrant un labeur légal, celui du droit de glanage, un droit d'usage sur les productions agricoles mis en place dès le Moyen-âge et qui subsiste encore aujourd'hui. Ce gagne-pain, mal considéré est menacé à l'époque où Millet peint ce tableau. C'est pourtant un sujet d'actualité, Balzac lui-même dans Les Paysans évoquera le sujet avec son régisseur le comte de Moncornet qui conteste le droit de glaner, et Jules Breton lui donnera la réplique avec le rappel des glaneuses en 1859. Selon Gombrich "Il est étrange qu'on ait pu voir là quelque chose de révolutionnaire, mais dans l'art du passé les paysans étaient généralement considérés comme des rustres comiques, tels que les avait peints Bruegel". En effet les Glaneuses ne comportent aucun incident dramatique ou anecdotique. Ce sont tout simplement trois femmes qui travaillent dur dans un champs où la moisson vient d'être faite. Sans misérabilisme, Millet s'est attaché à figurer la morale simple et forte de la vie paysanne, opposée à l'immoralité générale et profane de la ville.

         Au premier plan Millet expose la misère tandis que l'abondance est reléguée à l'arrière plan, Ainsi se place-t-il du côté de la simplicité, du côté de la nature. Une composition dynamique nous présente trois paysannes aux gestes lents et pesants et trois étapes de travail. Millet s'est appliqué à souligner leur charpente trapue et robuste, leur peau tannée. Presque cinématographique, la composition montre en découpant la scène en trois étapes son instantanéité. Si l'on part de la gauche, on peut voir que la glaneuse  a repéré un épi à ramasser, sa voisine encore plus courbée s'apprête à ramasser le sien tandis que la troisième debout mais voûtée joint son épi à sa gerbe. Ces femmes dont on ne voit pas le visage ne semble ni belles ni gracieuses. Rien n'est idyllique dans ce tableau, elles sont juste absorbée par leur dur labeur. Au second plan trois meules abondantes que l'on charge peu à peu dans des charrettes à traction animale s'opposent à la maigreur de leur gerbe et à la difficulté de récolter les restes. Au dernier plan, on distingue les gens de ferme récoltant à genoux , puis deux femmes debout portant de lourdes gerbes, le contre-maître."veillant au grain". Encore plus loin Millet à représenté la ferme, le domaine, certainement les greniers où sera entreposée la récolte. " les glaneuses se détachent fortement sur le fond clair de la plaine ensoleillée. Millet a su donner à ses paysannes une dignité plus authentique que celle de tant de héros académiques. Cette impression d'équilibre tranquille est obtenue par une composition .dont le caractère fortuit n'est qu'apparent. Il y a, dans le geste une sorte d'équilibre monumental, et qui exprime bien ce que la peinture a vu de solennel dans le travail de la moisson."

         Un ocre doré emplit le tableau tandis que des couleurs passées mais vives habillent les femmes. Elles ne portent pas de haillons, les tissus semblent de bonne facture mais ne sont pas précieux, elle portent des vêtements de travail, pratiques et solides et chacune arbore un fichu de couleur différente. Ceci accentue fortement la dynamique picturale du tableau. Pour parfaire le tout, dans le ciel, Millet a pris soin de représenter une nuée d'oiseaux s'apprétant, à l'instar des glaneuses à picorer les restes.

         Alors que la peinture académique s'appliquant à représenter de nobles héros n'est pas encore morte; Millet et d'autres artistes se réunissent à Barbizon, dans la forêt de Fontainebleau pour y interroger la nature d'un oeil neuf. Millet s'attache alors à envisager la figure comme ses amis envisageaient le paysage. C'est Gustave Courbet qui baptisera alors le courant naissant : le réalisme en intitulant du même nom l'exposition qu'il fit dans une baraque à Paris en 1855. Depuis son Vanneur exposé au salon de 1848 et son installation à Barbizon en 1849, Millet explorera les scènes de la vie paysanne avec une vision poétique, suivront L'Angélus (1859) , La tondeuse de moutons (1851) et La Bergère (1864), des peintures qu'il classe dans l'influence du courant réaliste, glorifiant l'esthétique de la paysannerie.Peu à peu il délaisse les seules scènes de travail paysan pour s'intéresser davantage aux ambiances, aux paysages. Alors que les Prussiens envahissent la France, Millet revient avec sa famille à Cherbourg, en 1870 durant un an et demi, avant de revenir à Barbizon. A cette époque il travaille davantage les jeux de lumière, la pénombre et le clair-obscur, signant un travail annonciateur de l'impressionnisme, à travers les tableaux de L'Église de Gréville, Le prieuré de Vauville ou du Bateau de pêche, et même proche du cubisme, avec Le Rocher du Castel.

         Je terminerai par ces mots de Millet :


"C'est le côté humain franchement humain qui me touche." 

 

Jules Romain, Le Rappel des glaneuses, 1859  

    

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L'Eglise de Gréville, Millet (1871-1874)

 

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Le Rocher du Castel Vendon, Jean-François Millet, (1848)

 

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