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" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

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La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix

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- La Liberté guidant le peuple par Eugène Delacroix (1798-1863)

- Huile sur toile de grande dimension  :  260cm / 325cm, peinte en 1830

- Présentée au Salon de Paris en 1831, l'oeuvre est transférée du musée du Luxembourg au musée du Louvres, à Paris en 1874

- Elle est exposée depuis 2012 au Louvres-Lens

- Peinture d'Histoire contemporaine du maître


                 L'oeuvre assez imposante représente une scène de barricades pendant la révolution des Trois Glorieuses . Une déesse antique, les seins nus, trône au centre du tableau portant au ciel le drapeau tricolore tandis que des cadavres s'amoncellent et que le peuple parisien l'entoure.

        Les 27, 28, 29 juillet 1830, Paris est prise par une insurrection populaire, s'opposant à la restauration de l'ancien régime par Charles X qui décide de passer outre à la charte édictée par les Bourbons, se proclamant ainsi monarque absolu. Pour expliquer ce tableau controversé, Delacroix écrira :"Si je n'ai pas triomphé pour la patrie, au moins, je peindrai pour elle." Le peintre qui avait tièdement participé à la révolte se représente dans le personnage de l'homme coiffé d'un haut-de-forme. La toile est un singulier mélange de réalisme et de propagande, de rhétorique et d'observation journalistique. Par son aspect allégorique et politique, La Liberté guidant le peuple devient symbole de la démocratie et de la République.

       Au premier plan s'amoncellent les cadavres de l'armée de Charles X. Marchant dessus, le personnage central féminin attire tous les regards. La personnification de la Liberté emprunte autant à la statuaire antique _ drapés, pieds nus, poitrine offerte_ qu'aux représentations de la femme du peuple à la lourde musculature et à la peau hâlée. Heinrich Heine dira à son propos : " une douleur impudente se lit dans ses traits, au total bizarre mélange de Phyrnée, de poissarde et de déesse de la liberté." Elle tient un fusil dans sa main gauche, brandit le drapeau tricolore et porte le bonnet phrygien symbole de la révolution de 1789. La Liberté rassemble autour d'elle toute les catégories sociales et par ce fait accroît encore l'idée qu'elle représente. A droite, l'adolescent au beret, la bouche ouverte sur un cri et tenant deux pistolets visiblement trop lourds pour lui semble avoir inspiré à Victor Hugo le personnage de Gavroche dans ses Misérables écrit en 1862. Un autre enfant portant le bonnet d'un policier s'accroche aux barricades. Comme je l'ai dit plus haut l'homme en haut-de-forme n'est autre que le peintre lui même, qui s'est représenté portant culotte et ceinture d'ouvrier, à sa droite un homme du peuple, certainement un des nombreux ouvriers typographes qui furent les premiers à monter sur les barricades. On distingue également le bicorne d'un polytechnicien. En somme tous se battent ensemble pour la liberté. La composition pyramidale de l'oeuvre lui confère un dynamisme vertigineux et rappelle le fameux Radeau de la Méduse de Gericault peint en 1818. En effet le fusil que tient le personnage en haut-de-forme rejoint la ligne de la hampe du drapeau qui rejoint le pistolet que tient l'adolescent dans la main gauche comme le mât ou le personnage au foulard dans le Radeau de la Méduse. La Liberté qui constitue le faîte de la pyramide  emporte avec elle les insurgés. Au dernier plan, émerge Notre Dame des fumées de la bataille. 

         Bleu, blanc, rouge : au centre du tableau, le drapeau français domine la mêlée. On le voit aussi à l'arrière-plan, un emblème improvisé fait de trois morceaux de tissus liés ensemble et qui flottent au vent. On retrouve même les trois couleurs dans les vêtements du blessé qui lève les yeux vers la Liberté. l'ocre de la robe de la Liberté se confond avec le ciel qui semble en feu. Les figures apparaissent sombres presqu'en clair-obscur mais la Liberté de pied tournant le dos à la lumière du ciel illumine le tout.

         Quand Delacroix livre La Liberté guidant le peuple, il est reconnu comme le chef de file de l'école romantique française. Il rejette l'idéal classique et les canons de l'Art académique de son temps. Réalisée à partir d'esquisses dès septembre 1830, il dira à son sujet :" J'ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins, je peindrai pour elle." L'artiste témoigne ici de la ferveur romantique qui lui fait traduire les évènements révolutionnaires dont il est contemporain. La Liberté guidant le peuple est une oeuvre de jeunesse qui par sa force demeure encore un symbole de liberté. Passionnés par l'Orient, alors en vogue depuis les expéditions d'Egypte mené par Napoléon, le style de Delacroix subit un changement profond, à la suite d'un voyage en Espagne et au Maroc : la connaissance de la peinture de Goya et l'expérience de l'Afrique donnent à sa peinture une intensité dramatique et un dynamisme encore plus marqué, où transparait un érotisme vibrant.Il peindra la Mort de Sardanapale (1827-1828) puis les Femmes d'Alger dans leur appartement (1834). Son oeuvre extrêmement prolifique témoigne d'une grande maîtrise de la couleur et d'un certain gôut pour les sujets inhabituels. Toutes ses oeuvres témoignent de la complète maîtrise d'une extraordinaire gamme de solutions de composition. Delacroix deviendra u personnage essentiel du monde culturel et littéraire avec des écrivains comme Dumas, Baudelaire et sera enfin nommé peintre officiel du second empire. Je terminerai par ces mot du maître :

"Le premier mérite d'un tableau et d'être une fête pour l'oeil."

 

 

 


 

 

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