" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

Créteux, saturé, anar, fêtard, j'ai beau gueuler NO FUTURE comme mâtine à tout l'voisinage pas un qu'entend ma voix. Non tous ces connards préfèrent se dire qu'mon chant leur est asservi, que j'suis un réveil matin. Ni Dieu ni Maître, vous captez pas qu' mon espèce crache sur la vôtre : à bas la hiérarchie ! Les poulettes qui m'entourent vous sont aliénées, vous croyez ? Foutaise, faudrait qu'vous les entendiez, elles vous citent du Bakounine, vous balancent comme ça des vers de Prévert qui vous font saigner tellement c'est beau.
On enferme pas la liberté dans un poulailler !
Dès qu'arrive le soir et qu'on vient vérifier qu'on risque pas d'se faire bouffer par un renard, j'me barre. J'enfile mes docs à coque au cas ou un sale skin traînasserai par là... et j'file déranger la nuit. J'm'arrête là où l'cul d'mes potes est posé. On s'ouvre une bibine et on r'fait le monde, y en a toujours un qui pousse la chansonnette, un aut qui gueule ... et après on traine not gueule de bois dans les bouges crasseux, les squats vagues... là, y en a toujours un qui s'met à pleurer, une poulette qu'a chaud au derrière et un air de Pigalle qu'on entonne tous, éméchés.
J'suis un romantique moi !
La nuit c'est chez nous, not crête fait peur à personne, on nous a à la bonne ... La nuit tous les coqs sont gris ... C'est qu'au p'tit matin, écœuré, à l'aurore, quand le jour est pas encore levé, que j'rentre au bercail, que tous ces vendus ils allument leurs p'tites loupiotes et s'en vont au turbin dans leur belle voiture toute lisse, c'est là que j'gueule : NO FUTURE à tous ces cons addict au quotidien, à leur petite rengaine, à ces cons qui s'embastillent dans des boîtes et qui pigent pas qu'd'autres ont besoin d'air...
Les poulettes sont plutôt cool elles me réconfortent en m'gloussant un air de Léo, même un p'tit air d'Hubert Félix quand ça leur chante. Pis y a l'proprio qui vient nous j'ter de la graine d'ananar qu'on est bien content de becqueter...
Y a pas d'futur dans c'monde mais au présent j'suis comme un coq en pâte