Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

Publicité

Acalypha

       936124_492354414171296_2113895951_n.jpg

       J'avais été  amenée dans cette salle de cours par une dame très douce, Madame M.. Elle enseignait la littérature comme on raconte une histoire à un enfant. Chaque matin, elle s'emparait de moi puis m'amenait à la fenêtre. Depuis ce cadre en bois, elle déversait sur moi une eau délicieuse parfois sucrée, parfois aigre, toujours, elle me revigorait. Ce faisant, elle préparait son cours et je goûtais à sa verve toute volubile ainsi qu'aux cajoleries qu'elle me prodiguait ici et là.
       Les élèves et leur charivari entraient alors, mais leur vacarme cessait vite et ne rompait pas le charme. Et je me cantonnais là, sur le bureau, à ses côtés. Mais ma présence n'était pas vaine, je donnais vie à cette salle terne, et bien souvent Madame M. me désignait afin que j'illustre son propos. Elle disait :
       _ regardez  Acalypha et ses jolies queues de chat, ne vous évoque-t-elle pas quelques calligrammes ou quelqu'autre fantaisies littéraires ?
       J'étais une sorte d'assistante et je tâchais de diffuser ma poésie autant que faire se peut. Au temps des vacances elle m'emmenait chez elle et j'y rencontrait une jungle d'amies : œillets des poètes, belles de jours, Amaryllis ou impatiens …

    Mais un matin, elle ne vint plus.

      Je ne su jamais ce qui lui arriva. Qui s'épancherait sur une plante verte ? Personne ne se soucia plus de moi. Ma soif était telle, que j'en perdit mes queues de chat et que je flétri toute entière. Le mépris que l'on me voua était tel que je demeurai sur ce coin de bureau, sans chaleur ni lumière, sans coquetterie...
      Le remplaçant de Madame M. était un vieux bourru qui, je pense, ne considérait que la vie humaine comme légitime … Il me fallut attendre les vacances de printemps pour qu'une femme de ménage décide enfin de mon sort. Elle me saisi et me posa là, près du container à ordure. Je restai là, cinq longs jours, où la pluie me réhydrata quelque peu mais où j'eus froid, tellement froid...

      Quand, un soir, arriva la jeune fille au sac de plastique vert...

 


Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article