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" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

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MA BOHEME

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Petite définition :

 

Le mot Bohème apparaît en 1659 pour décrire un personnage marginal, libre penseur et paré d'atours excentriques. En 1844, Balzac donne ses lettres de noblesse à ce terme avec "un prince de la bohème" :

"Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n'a rien et vit de tout ce qu'elle a. L'espérance est sa religion, la foi en soi-même est son code. La charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune mais au dessus du destin."

 Henry Murger publie "scènes de la vie de bohème" en 1848 et ouvre à ce joli mot les portes du langage courant.

Songer à la bohème, c'est fuguer vers un monde haut en couleurs, habité par poètes, peintres, et artistes dépenaillés aux allures de dandy, c'est silloner Montmartre et ses marchands de couleurs, vagabonder sans but et trouver un trésor, c'est sentir le vent léger de la liberté vous envahir ... 

Je vous invite à lire les livres : Bohème de Dan Franck qui vous fait traverser le bâteau lavoir et la ruche et appercevoir la formidable émulation artistique des années folles. Bouquet de bohème de Dorgelès, contemporain des bohémiens du début du XXème.

Un beau livre paru chez Aubanel réjouira aussi les amateurs : Vivre bohème éloge de la liberté

       

rimbaud           

    

                                                                    Ma Bohême

                                                   Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;

                                                   Mon paletot aussi devenait idéal ;

                                                   J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;

                                                   Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

 

                                                   Mon unique culotte avait un large trou.

                                                    _ Petit poucet rêveur, j'égrenais dans ma course

                                                   Des rimes. Mon auberge était à la grande-Ourse.

                                                    _ Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

 

                                                    Et je les écoutais, assis au bord des routes,

                                                    Ces bons soir de septembre où je sentais des gouttes

                                                    De rosées à mon front, comme un vin de vigueur ;

 

                                                     Où rimant au milieu des ombres fantastiques

                                                     Comme des lyres, je titais les élastiques

                                                     De mes souliers bléssés, un pied près de mon coeur !

 

                                                                                                                                         Arthur Rimbaud

 

 

 

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l'humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C'est là qu'on s'est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire on est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu'un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d'y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l'hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m'arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d'un sein
Du galbe d'une hanche
Et ce n'est qu'au matin
Qu'on s'asseyait enfin
Devant un café-crème
Epuisés mais ravis
Fallait-il que l'on s'aime
Et qu'on aime la vie
 
 La bohème, la bohème
Ça voulait dire on a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l'air du temps

Quand au hasard des jours
Je m'en vais faire un tour
A mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d'un escalier
Je cherche l'atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes, on était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout 

Charles Aznavour

  

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Vivre Bohème des édition aubanel, un délicieux moment à tourner des pages

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