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" Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles." Julien Green, Journal

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La Grande Odalisque par Jean-Dominique-Auguste Ingres

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- La Grande Odalisque peinte par Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)

- Nu de dimension moyenne 91cm / 162cm  peint en 1814 et exposé au Musée du Louvre à Paris

- Oeuvre de commande (1813)  par Caroline Murat, soeur de Napoléon Ier et reine de Naples, pour servir de pendant  à La Dormeuse de Naples acquise par son mari, à Rome, en 1809 et non payée à cause de la chute de l'empire mais livrée par Ingres en 1814

- exposée pour la première fois au salon de 1819, (Ingres l'y envoya depuis l'Italie)

 

 

                    Sous nos yeux s'allonge le corps d'une femme nue, une femme de harem désignée par le mot Odalisque du turc Odalik. Cette femme et le décor orientale qui l'entoure suggère un érotisme "Ingresque".

                     Ingres qui a bien connu l'Italie ne connaît rien des terres d'Orient qui ont le vent en poupe depuis les expéditions Napoléoniennes et le fameux journal de Lady Montague qui l'inspira grandement ;  il se plait pourtant à représenter un Orient onirique, où la femme fantasmée y est sensuelle et sensible aux jeux de l'amour contrairement à la femme occidentale qui même dans l'intimité ne dévoile pas sa nudité.  Ainsi expose-t-il son nu lascif aux yeux de ses contemporains. L'Odalisque nous regarde avec ce regard qui semble ivre d'amour et dans l'attente d'un regain de flamme. Il transparaît qu'elle vient juste de quitter un homme qui la satisfaite et en attendre un autre pour combler son insatiable appétit sexuel.

                   Ce corps lascif, qui s'étend sur toute la largeur du tableau, est pourtant abstrait, mais sa déformation est voulue par Ingres qui prèfère volontairement sacrifier la vraisemblance pour la beauté. Il a en effet ajouté trois vertèbres à ce dos offert, l'angle de sa jambe gauche est peu naturel, son sein ne devrait pas apparaitre autant et son bras est définitivement trop long. Ses jambes qui sortent du lit donnent un impression de flottement comme si elle n'était attachée à rien, elle va ainsi de lit en lit avec ses pieds purs dont la voute plantaire n'a pas été altérée par le peintre. Toutes ces imperfections ne font que renforcer l'attitude lascive de cette femme imaginaire. Ingres soumet son modèle à sa manière comme il le fit pour La Baigneuse de Valpinçon, toutes deux sont représentées de dos, selon l'archétype de l'époque. Cependant, elle pose sur le spectateur un regard ambigue, sans pudeur, elle a conscience qu'on l'observe et qu'elle nous rend l'oeuillade. Elle est soumise au bon vouloir de l'homme , et on y voit une langueur coutumière, sans surprise elle regarde les observateurs de sa nudité.

                      Bien que pour Ingres :" La ligne soit la maîtresse et la couleur sa servante", les effets de matière et les oppositions de couleurs sont ici travaillés à la perfection. La gamme chromatique choisie par le peintre est très forte, ainsi le bleu métallique du rideau de soie brodés de fleurs rouges et dorées occupe la partie droite du tableau tandis qu'à l'opposé on y trouve ses complémentaires orangées et lins. L'odalisque est étendue sur un tissus bleu ciel et se détache de la composition par son teint ambré. Les accessoires présent confèrent au tableau une ambiance orientalisante à mi-chemin entre la Chine et le Moyen-Orient. A ses pied un plateau avec fourneau et pipe servant probablement à s'ennivrer d'Opium,  drogue procurant rêves et lenteur ; comme une métaphore de la sensualité de la scène fantasmée. Elle porte un turban brodé qu'elle fait tenir grâce à une broche de perle, le chasse-mouche qu'elle tient est fait de plume de paon, oiseau qui symbolise l'Inde et au premier plan, à la naissance de ses fesses un collier assorti à la broche laisse imaginer qu'il a été enlevé à la hâte, enfin quelques bracelets entourent son poignet droit. Ces multiples accessoires renforcent encore la nudité de cette femme, par leur préciosité et mettent l'accent sur le corps, sujet sans cesse exploré par le maître

          Ingres comme son maître David remporta le prix de Rome et passa dix huit années en Italie où il se passionna pour les peintres de l'Antique comme Raphaël et plus généralement par le Quattrocento. Ingres amoureux de la ligne dira : "une chose bien dessinée est toujours assez bien peinte", il voue également un culte à la musique et au corps féminin, deux passions qui transparaitront toujours dans sa peinture. Dans La Grande Odalisque le peintre réuni toute ses caractéristiques : la perfection formelle, l'extrême minutie, la grande sensualité, les déformations anatomiques et son goût pour les formes géométriques. La pose de l'Odalisque rappelle un tableau de son mâtre David Madame de Récamier. Ce qui démontre la faible créativité de Ingres qui était avant tout un génial technicien. Ainsi retrouve ton dans son ultime tableau, Le Bain Turc, toute les figures qu'il avait déjà travaillé. La Grande Odalisque est une oeuvre de jeunesse, et à cette période Ingres est plutôt mal compris et considéré comme un novateur, La Grande Odalisque sera d'ailleur mal accueillie lors de son exposition au salon de 1819. De opar sa formation académique Ingres était porté à peindre et à dessiner des nus avec exactitude (il fit d'ailleur de nombreuses études préparatoires de nus pour la plupart de ses tableaux, y compris les portrait). Mais dans ses nus l se consacrait davantage à des recherches purement formelles, souvent incomprises de ses contemporains, sans se soucier du rendu réaliste d'une anatomie. Toute sa vie Ingres fera de nombres reprises et les réinterprétations d'une m^me figure (au moins six tableaux pour La Grand Odalisque). On l'a souvent opposé à ses contemporains plus jeunes, les romatiques Delacroix et Géricault, il n'en reste pas moins novateur. L'audace suprême résidait peut-être dans le fait m^me de présenter au Salon de 1819, et dans un tel format, un nu féminin dénué de tout prétexte mythologique ou historique.

 


  Madame de Récamier, David

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